Title

51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 13 - Stylistique - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04

 

Luc Benoît A La Guillaume (Paris Ouest) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Quand Sarah Palin "restaure l'honneur" de l'Amérique et son ethos »

Le 28 août 2010, Glenn Beck organise à Washington au pied du memorial Lincoln une journée destinée à « restaurer l'honneur » de l'Amérique. 47 ans jour pour jour après le grand discours de Martin Luther King prononcé au même endroit en 1963, cette manifestation récupère les symboles de l'Amérique progressiste à des fins conservatrices. Le discours de Sarah Palin prononcé à cette occasion est un exemple particulièrement frappant de (re)construction discursive d'une image de soi, d'un ethos, qui s'appuie sur la doxa partagée avec son auditoire conservateur et sur sa position marginale dans le champ politique. Il s'agit de (re)construire un ethos d'égérie d'une Amérique conservatrice que l'administration Obama déshonore. L'analyse de ce discours permet de relier un ethos pré-discursif, lié au contexte et au champ politique et un ethos discursif, dont le texte du discours est la trace, qui restaure la crédibilité de l'orateur.

 

Stéphanie Bonnefille (Bordeaux 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Mots verts pour marée noire (Golfe du Mexique 2010) Processus de storytelling dans une sélection de discours du Président Obama »

Le 20 avril 2010, dans le Golfe du Mexique, la plate-forme pétrolière Deep Water Horizon, exploitée par la société British Petroleum, a explosé puis coulé par 1500 mètres de fond. Au travers d’un corpus constitué d’une sélection de discours prononcés par le Président Obama au sujet de cette catastrophe pétrolière sans précédent, l’objet de cette communication est de mettre en lumière les procédés les plus évidents de ce que les spécialistes de la communication appellent storytelling. Un terme que nous pourrions, peut-être, et plus justement au sein de notre atelier, renommer « (processus de) mise en récit ». Il convient non seulement de revenir sur la définition même de storytelling (Poletta, 2006, Salmon, 2007) mais également de montrer en quoi ce concept peut totalement s’appréhender au travers du prisme de la linguistique/sémantique cognitive telle que définie par Lakoff et al. depuis 1980.

 

Charles Brasart (Paris 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Code-switching, co-texte, contexte : une analyse du jeu de langue dans les conversations bilingues »

Nous nous proposons d’étudier les rôles déterminants et définitoires du contexte et du co-texte dans la production et la compréhension du code-switching. Nous les examinerons pour ce faire à travers la dimension de jeu linguistique qu’ils insufflent souvent dans le discours — le terme de « jeu » étant à prendre dans ses deux acceptions, dans la mesure où le code-switching crée de la déviation par rapport à la norme monolingue et, dans notre aire d’intérêt, une production humoristique sur cette déviation. Le code-switching est une production linguistique « marquée » ; en effet, le choix d’alterner les langues dans un énoncé est loin d’autre anodin d’une part, et d’autre part il suppose un certain niveau d’intimité, de complicité entre les locuteurs. Le contexte de production d’un énoncé « switché » (sujet abordé, type de discours, co-textes gauche et droit, histoire linguistique commune des locuteurs…) est donc un élément déterminant dans la stylistique du texte qui en résulte. Par cette dimension marquée, un énoncé switché pourra souvent être référentiel et méta-référentiel au sens où, en plus de véhiculer un message, il va pouvoir provoquer un retour de l’énonciateur et du destinataire sur la langue qu’ils utilisent pour échanger. Partant, cette malléabilité linguistique va souvent mener à un discours sur la langue, un surplus de contenu référentiel ou communicatif, que nous nous proposons donc d’analyser en termes des jeux de langue qui en découlent.

 

Vicki Briault-Manus (Grenoble 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“A Postcolonial Stylistics: Black South African Fiction read through Anti-colonial Attitudes”

What do we mean by postcolonial stylistics? The notion is developed in my monograph, Emerging Traditions: toward a postcolonial stylistics of black South African fiction in English. The stylistics of indigenous South Africans since they first began writing in English has naturally been influenced by their mother tongue, their indigenous culture and their own oral tradition of story-telling, poetry and rhetoric. These influences have been grouped under the term "indigenization" of language by Chantal Zabus and other scholars. This paper will show how a postcolonial stylistic analysis, taking into account the conditions of production of a given fictional text, will reveal how those conditions impinge on the choices made by black writers throughout successive periods of colonial history.

 

Christopher Desurmont (Lille 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« La résistance du lexical à la dématérialisation : l'exemple des adverbes intensifs awfully, frightfully, terribly »

Cette étude porte sur les adverbes intensifs awfully, frightfully et terribly, dont la racine signifie une forte émotion (awe, fright, terror). L’étude est ici menée en vue d’apprécier la résistance du lexical face au processus de dématérialisation (ou "décoloration sémantique"). Nous adoptons ici une distinction tripartite des adjectifs (support de la modalisation adverbiale): scalar / extreme / limit adjectives (Carita Paradis). Les “adverbes d’adjectifs” awfully, frightfully et terribly (A, F, T) sont des modificateurs scalaires. Ils expriment le haut degré et non le "degré maximal". En tant que "modificateurs scalaires", ils permettent une recatégorisation de certains "limit adjectives" comme dans l'expression terribly alive ; ils peuvent parfois remplacer extremely qui lui aussi, paradoxalement, exprime le haut degré, et non le degré maximal : CBL 2094 An extremely attractive plant (A/F/T attractive); ils peuvent être modalisés par l’adverbe most : BMU 80 You know, in some ways I'm most frightfully sorry to leave. Un autre indice de la scalarité de ces adverbes réside dans le fait qu'une deuxième coordonnée peut quasiment contredire une première (la propriété adjectivale n'ayant pas été portée au degré maximal) : Our idealists were frightfully happy, but they were all the time reaching out for something to cotton on to (D.H.Lawrence), l'adverbe intensif pouvant ainsi participer à la figure de l'ironie. La dématérialisation de tels adverbes est discuté par Bolinger (1972). Ici, je fais valoir (pour A, F et T) qu'elle se manifeste par 1) le foisonnement d'expressions figées telles que awfully kind of you, terribly important, 2) l'interchangeabilité de ces adverbes avec certains adjectifs: It's A/F/T expensive; I'm A/F/T sorry, 3) la modalisation par un même adverbe de deux adjectifs de sens opposé : H8B 318 'How frightfully interesting', she said when Julia had finished' ; EFP 1258 'My goodness, Clara, how frightfully boring for you, how can you bear to listen to us'. Plusieurs indices témoignent cependant de la résistance du lexical, comme dans l'exemple suivant où les adverbes participent à la signification de l'énoncé, tout en répondant à un souci de variation stylistique : A0D 741 'Mon dieu! ' said the little man, not apparently sure whether to be terribly angry or frightfully cross, 'Nicole!' : 1) la commutation entre les trois adverbes n'est pas toujours réalisable : EVC 2138 She was flesh and blood and terribly, terribly alive (*A/*F alive); 2) tel adverbe modalise tel adjectif et plus rarement son antonyme (terribly expensive : 9 exemples dans le BNC; ?terribly cheap : aucun exemple) ; 3) la commutation avec les adverbes intensifs incredibly/unbelievably, souvent possible, ne l'est cependant pas toujours : CA0 447 Out of the window, Daisy admired the incredibly tidy garden (*the A/F/T tidy garden) ; 4) l'adverbe semble parfois assumer une fonction heuristique : JA9 1188 Is it possible when we get a new member of, that, not that they're brought round, which I think must be frightfully intimidating, […] qui suggère un rapport entre la timidité et la peur ; 5) un rapport de cause à effet peut parfois être inféré : JY6 3062 'Has anyone ever told you you're frightfully serious?' (sérieux au point de faire peur).

Références

BOLINGER Dwight, Degree Words, The Hague, Mouton, 1972.

GUIMIER Claude, Syntaxe de l'adverbe anglais, Presses Universitaires de Lille, 1988.

HADERMAN & al., « La scalarité : autant de moyens d’expression, autant d’effets de sens », Travaux de linguistique 2007/1, N° 54, p. 7-15.

http://www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2007-1-page-7.htm

JESPERSEN Otto, La Philosophie de la Grammaire, Les Éditions de Minuit, 1971 (1924).

PARADIS Carita,

- (2000a). “It's well weird. Degree modifiers of adjectives revisited: the nineties” in John M. Kirk (ed.), Corpora galore: analyses and techniques in describing English, Amsterdam & Atlanta: Rodopi, 147-160.

http://www.vxu.se/hum/publ/cpa/well_weird.pdf

- (2000b), “Reinforcing adjectives. A cognitive semantic perspective on grammaticalization” in Ricardo Bermúdez-Otero, David Denison, Richard M. Hogg, C.B. Mc Cully (eds), Generative theory and corpus studies. Topics in English Linguistics, Berlin: Mouton de Gruyter, 233-258.

http://www.vxu.se/hum/publ/cpa/Reinforcing_adjectives.pdf

- (2001), “Adjectives and boundedness”, Cognitive Linguistics 12.1, 47-65

http://194.47.65.210/hum/publ/cpa/Adjectives_and_boundedness.pdf

- (2008), “Configurations, construals and change: expressions of DEGREE”, English language and Linguistics, 12.2, 317-343.

http://www.vxu.se/hum/publ/cpa/degree.pdf

 

Jacqueline Fromonot (Paris 8) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Vérité et mensonge contextuels dans quelques formules de politesse à partir de textes littéraires britanniques du 19ème siècle »

Dans le sillage de la réflexion austinienne portant sur la valeur de vérité d’un énoncé, je souhaite analyser le rôle joué par différents contextes, à partir d’un corpus littéraire. Je partirai de deux types d’énoncés précis, des formules de politesse épistolaires telle « Yours sincerely », ainsi que des formulations comme « At home » et « Not at home », régulatrices des échanges mondains. Elles se trouvent en nombre dans la littérature du 19ème siècle, qui met en scène une société codifiée et ritualisée à l’extrême.

En raison du contexte historique et culturel, la compréhension littérale de ces énoncés figés peut se révéler proscrite, donc fictive. Ainsi, clore une lettre par la formule « Yours sincerely » n’implique pas nécessairement que le rédacteur ait fait preuve de sincérité dans sa correspondance, pas plus que refuser l’accès à un visiteur par l’expression convenue « Not at home » ne signifie que l’hôte est absent de chez lui. Toutefois, la présence de ces formules en contexte littéraire fournit aux écrivains l’occasion d’explorer les cas où la communication fait long feu ou au contraire comporte ironiquement une forme de vérité à l’intérieur de la diégèse, dans le cadre d’une problématique élargie de la réception.

Une analyse pragmatique sous-tendra l’analyse, car elle prévoit que l’on se réfère au contexte d’énonciation pour identifier une métaphore (Searle) ou pour apprécier la nature d’un énoncé qui semble enfreindre les principes de coopération conversationnelle (Grice).

 

Manuel Jobert (Lyon 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Talking Heads d’Alan Bennett ou l’art de la "contextualisation instantanée" »

L’écriture d’Alan Bennett se caractérise par la création successive de saynètes qui fondent la structure de ses écrits (qu’ils soient autobiographiques ou fictionnels). Ce fonctionnement semble être érigé en système dans Talking Heads, une série de monologues écrits pour la télévision dans lesquels des personnages ordinaires font part d’épisodes marquants de leur vie.

Les différents Mondes Textuels ainsi créés sont autant d’îlots narratifs auxquels l’auteur donne une réalité à la manière d’un caricaturiste qui brosse une situation en quelques traits de crayon.

L’objet de cette présentation est d’étudier comment Alan Bennett parvient à construire un contexte de manière quasi instantanée. On étudiera notamment les composants lexico-sémantiques, prosodiques et kinésiques (puisqu’il s’agit de télévision) qui contribuent en outre à la formation d’un contexte d’interlocution plus large dans lequel les îlots narratifs sont organisés.

Références

Bakhtin, M.M. The Dialogic Imagination. Austin, University of Texas Press, 1981.

Gavins, Joanna. Text World Theory. Edinburgh, Edinburgh University Press.

Labov, William. Language in the Inner City. University of Pennsylvania Press, 1972.

 

Grégoire Lacaze (Aix-Marseille) –  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.  

« Regards croisés sur l’introduction du discours direct en anglais et en français : mise en contexte dans The Pearl et La perle de John Steinbeck »

Nous nous proposons d’étudier l’introduction du discours direct dans des œuvres de fiction en anglais et dans leur traduction en français. L’analyse contrastive qui sera menée dans cette étude comparera les stratégies mises en œuvre pour introduire du discours direct dans The Pearl de John Steinbeck et dans sa traduction en français, La perle. Cette analyse tentera de mettre en évidence les choix auxquels sont confrontés les traducteurs en fonction des contraintes imposées par le texte source. L’interprétation des conséquences de ces choix sur la réception de l’œuvre par un lecteur fera appel à des considérations syntaxiques, sémantiques et stylistiques.

 

Séverine Letalleur-Sommer (Paris Ouest) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le rôle de la vision et du contexte visuel dans la construction du sens : ‘Eyes speak with silence’ [1] »

La question du ou des contexte(s) invite à une réflexion portant sur cet autre du texte [2], qui jamais ne se dit ni ne se présente complètement et pourtant toujours l’accompagne, comme une ombre portée dont l’absence signalerait une anomalie. Or, l’autre du texte réside en partie dans le ou les regards qui enveloppent l’objet littéraire ou discursif en ajustant paroles proférées ou lues et images ainsi générées et perçues [3] (que ces images soient endogènes ou exogènes [4] et/ou mêlées d’autres fragments perceptuels [5]. Ici, c’est justement la dimension visuelle du langage, rejetée hors du strict linéaire linguistique, qui nous intéresse au premier chef.

À partir d’une réflexion portant, en amont, sur le rôle de l’ancrage visuel dans l’acquisition du langage (cf. les travaux ayant trait aux problèmes d’acquisition liés à la cécité chez l’enfant [6], l’on pourra s’interroger sur le rôle de ligateur joué par le regard, en aval de l’énoncé, un rôle de ligateur infra-textuel, au moment de la lecture [7], mais aussi intersubjectif au moment de l’échange énonciatif. L’on pourra aussi aborder la question des résidus visuels décelables dans la construction formelle, stylistique, de l’énoncé, ainsi que celle des représentations mentales, sous-jacentes, régissant les élaborations métaphoriques, en particulier ce que Bernard Pottier nomme les visuèmes [8].

Notes

[1] Jonah Lehrer. Proust was a Neuroscientist. New York: Mariner, 2007.

[2] Le mot texte étant ici pris dans son acception la plus large comme entrelacs signifiant de signes linguistiques.

[3] Voir la notion de ‘tiers pictural’ in Liliane Louvel. Le Tiers pictural. Pour une critique intermédiale. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2010.

[4] Hans Belting. Pour une anthropologie de l'image. Paris : Gallimard, 2004.

[5] François Rastier parle à ce propos de ‘simulacres multimodaux’ (cf. François Rastier. Sémantique et recherches cognitives. Paris : Presses Universitaires de France, 1991).

[6] E. Sampaio. « Le développement précoce des enfants aveugles : les travaux pionniers de Fraiberg ». Psychiatrie de l’enfant, n° 37, 1994, 29-47.

[7] Voir chapitre 3 « At the limits of languague » in Irving Massey. The Neural Imagination. Aesthetics and Neuroscientific approaches to the Arts. Austin: University of Texas Press, 2009.

[8] Bernard Pottier. « Les représentations mentales ». Parcours énonciatifs et parcours interprétatifs. Théories et applications. Aboubakar Ouattara, éd. Paris : Ophrys, 2003, 11-20.

 

Samia Ounoughi (Aix-Marseille) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Dorian Gray, un fruit du texte en contexte »

Personnage éponyme du seul roman de Wilde, Dorian Gray est identifié à une peinture. Or, à y regarder de plus près, il apparaît que les faces à faces entre les deux parties du double ne figurent que de manière très sporadique et très succincte dans le texte de Wilde. Dans ces instants, Dorian constate des changements sur la toile et suppute qu’ils pourraient émaner de ses péchés. Ce dédoublement fantastique, pour être l’élément spectaculaire de la diégèse, a retenu l’attention de la critique dans les études trans-esthétiques. Or, s’il est présenté comme une forme esthétique creuse au début de l’ouvrage, l’ensemble du récit dévoile la (dé)formation de Dorian, qui se construit surtout à travers les textes. L’on pense immédiatement au petit livre jaune que lui a offert Lord Henry Wotton. Cet ouvrage n’est pourtant qu’un exemple parmi des dizaines d’autres qui jalonnent le roman de Wilde. La réflexion de l’auteur sur l’écriture et le pouvoir du texte se trouve illustrée à travers la construction du personnage de Dorian sans cesse défini par le texte en contexte.

 

Catherine Paulin (Besançon) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Mimesis et créativité linguistiques dans Sozaboy – a novel in rotten English [1] et sa traduction en français Pétit Minitaire [2] »

La langue de Sozaboy constitue un véritable jeu sur les signifiants. Cette écriture de la subversion linguistique met en tension mimesis, à travers l’emploi de formes et de marqueurs de pidgin, et créativité linguistique. Les variations de langage, les fluctuations de la frontière entre « langue standard » et « langue pourrie », se situent à des niveaux ontologiques différents : ce sont à la fois des subjectivèmes ou marqueurs de subjectivité et des marqueurs de représentation du collectif, dans une dimension sociolinguistique et historique donnée. L’expérience à laquelle le texte convie le lecteur « est dépendante du langage, de la matérialité des mots utilisés et des choix stylistiques qui président à leur utilisation [3]. » La langue du roman est une création de l’auteur et, cependant, elle entre dans un rapport mimétique avec le déchirement que vit le pays : le roman, dans son intégralité, est écrit dans une langue fictionnelle inspirée du pidgin nigérian.

Le Pidgin English nigérian est une lingua franca très répandue dans un pays qui compte plus de 300 langues. Si l’origine du Pidgin English est à rechercher dans les échanges commerciaux entre les Britanniques et les ethnies locales au XVIIe siècle, il s’est beaucoup développé et il convient aujourd’hui de considérer qu’il fait partie d’un continuum qui va du pidgin basilectal à des variétés créolisées. En cela, la situation des pays anglophones est très différente de celle des pays francophones parmi lesquels la Côte d’Ivoire fait exception en ayant développé un continuum de variétés de français ivoirien. Le pidgin nigérian est en phase d’acquérir une fonction identitaire : il incarne une identité nigérianne, comme ne peuvent le faire ni l’anglais, ni les langues ethniques mais, jusqu’à présent, il n’a pas de statut officiel.

Se pose la question de la représentativité du texte : de quoi le texte est-il réprésentatif ? Quel rapport entre l’univers fictionnel et le contexte référentiel ? Quel rapport établir entre la langue construite de la fiction et la réalité sociolinguistique ? Cette question sera abordée par la confrontation du texte dans sa version originale et de la traduction Samuel Millogo et Amadou Bissiri.

Notes

[1] Saro-Wiwa Ken ([1985], [1994], 2003), Sozaboy – a novel in rotten English, Introduction by William BOYD, New York, Longman African writers, Longman Publishing Group.

[2] Millogo Samuel et Amadou Bissiri (1998), Pétit Minitaire, Paris, Actes Sud, Traduction de Ken Saro-Wiwa, Sozaboy – a novel in rotten English.

[3] J-J. Lecercle et R. Shusterman, L’emprise des signes, Paris, Seuil, 2002, p. 13.

 

Mireille Ravassat (Valenciennes) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“When words are deeds – Shakespeare and performative discourse”

Because he was at once a playwright, an actor and a stage director himself, Shakespeare would have been most acutely aware of what it means to ‘do things with words’ (J.L. Austin). The point will accordingly be to explore some among the most striking instances of the transmutation of the poetic idiom into action, demonstrating that such a phenomenon at the intersection of stagecraft and rhetoric evolved massively throughout Shakespeare’s writing career. Thus the stilted self-declamatory formality of the ranting block speeches of the early Henriad, for example, is replaced by the lyrical splendour of Richard II’s tirades. It will be argued that the portrayal of this unique poet-king treading the path from appearance to essence initiates a definitely new trend in his creator’s writing. From then on Shakespeare gives his readers and spectators access to the labyrinthine thought-process of his protagonists.

This paper is intended as a panoramic survey of this particular facet of Shakespeare’s universe of language and thought and it will be substantiated by a reflection on the stylistic and metric evolution of his work, mainly away from the rhetorical surfeit and most regular prosodic architectonics of the juvenilia towards an enhanced mastery of style, and a more or less radical dislocation of the end-stopped blank verse.

 

Sandrine Sorlin (Montpellier 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« The Man in the High Castle de Philip K. Dick : Et si on changeait le contexte ? »

Dans un contexte historique renversé au sortir de la seconde guerre mondiale (en grands vainqueurs, l'Allemagne et le Japon se sont partagés la planète), le monde est découpé selon des lignes raciales et soumis à des rapports sociaux hautement hiérarchiques dans lesquels il s'agit de faire sa “place”, quitte à s'aliéner linguistiquement. Les conversations se transforment en champs de bataille organisée où chaque coup linguistique peut se solder par une défaite humiliante ou une avancée victorieuse sur l'autre. Les pensées authentiques sont confinées dans la narration, espace d'incommunicabilité où se brouillent les frontières entre les types de discours. Mais plus globalement, les êtres sont parlés par une rhétorique idéologique plus qu'ils ne (se) parlent vraiment. De façon effrayante, The Man in the High Castle se fait en effet le témoin, quinze après la fin de la guerre, d'une propagande qui a fonctionné et qui, de fait, ne se perçoit plus comme manipulation. De plus l'hypertrophie des échanges langagiers est écrasée par la dualité de codes culturels (orient/occident) largement incompatibles. Si les Allemands aspirent à un monde sans frontières de l'ordre de la “notion” linguistique, hors contexte, indifférente à l'individualité spécifique, les Japonais sont tenus par un livre ancestral, le I Ching, qui fait toute sa place à l'infiniment petit dans une contextualisation permanente, toujours renouvelée.

Dans la fiction géopolitique proposée par Philip K. Dick, le changement de protagonistes ne changent rien à la scène dramatique : les modes d'exploitation et de colonisation semblent indifférents au contexte.

 

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