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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 12 - Lectures critiques / SAIT - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04

 

Charlotte Estrade (Le Mans) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Images et histoires : le moment de crise en poésie moderniste, ou comment figer le présent par le passé (W. B. Yeats, Ezra Pound, Basil Bunting) »

Chez Basil Bunting, Ezra Pound et W. B. Yeats, le moment de crise, personnelle ou historique, est souvent donné au travers du prisme d’un précédent dans l’histoire littéraire ancienne (la chute du guerrier scandinave Bloodaxe chez Bunting dans Briggflatts, le naufrage d’Ulysse dans les Cantos de Pound, la mythologie pour dire la lutte pour l’indépendance en Irlande dans les poèmes de Yeats). Comment résoudre la contradiction entre « moment » unique de l’histoire et du modèle légendaire atemporel ? Comment comprendre l’affirmation de Pound : « All ages are contemporaneous » ? Jusqu’où va la pertinence de la comparaison ? Quelles conséquences pour ce parallèle forcé ? Il semble qu’il y ait re-construction du passé pour fixer le moment présent. A cela s’ajoute l’absence de récit. Comment peut-on prétendre écrire l’Histoire sans récit ? La juxtaposition des moments historiques rappelés à la mémoire poétique et la poétique de l’image suffisent-elle ? « Flashes » et visions permettent-ils au lecteur de restaurer une causalité ? Ces moments historiques se figent-ils, dans le souvenir du poète ou dans la lecture ? Les métaphores du flux et les tentatives de définition du vortex sont autant d’aveux contradictoires, témoignant de l’incapacité à saisir le moment historique. Les réécritures, notamment des trois exemples ci-dessus, en témoignent. La réécriture précise-t-elle ou sape-t-elle la représentation du moment ? Le moment historique ou personnel semble être toujours déjà périmé et ne plus pouvoir demeurer qu’à l’état de critique, commentaire, reportage de sensations toujours modifiable et modifié. Le moment de crise n’est donc jamais saisi que dans un mouvement rétrospectif pluriel et hétérogène de réécritures et relectures.

 

Anne-Laure Fortin (Le Mans) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Temporalité du texte/image dans les romans de W. G. Sebald : du débrayage à   l’anamorphose »

La présentation s’intéressera au kairos dans les romans de Sebald, en particulier dans The Rings of Saturn, comme lucarne d’altérité temporelle ouverte par l’image dans le texte. Chez Sebald, l’image vient en effet non seulement perforer le texte, mais aussi le prolonger, selon un processus temporel que l’on pourrait qualifier d’anamorphique et qui introduit un continuum de sens au-delà de l’hétérogénéité des signes, si bien que les effets produits par le rapport entre texte et image chez Sebald permettent au lecteur de faire l’expérience pour ainsi dire simultanée de plans de temporalité hétérogènes, autant dire qu’ils lui font faire l’expérience du multiple. Ces plans de temporalité permettent à des modes temporels incompossibles de co-exister : cristal et mouvement, perception immédiate et souvenir, intuition de la durée et nouveauté de l’événement dans son surgissement. Ces phénomènes de débrayage temporel rendus possibles par la continuité spatiale sur la page du livre sont autant de lieux où peut se penser la durée et donc le sens comme multiples. Ainsi, la politique du texte/image chez Sebald m’amènera à poser la question de la littérarité comme produit d’une poétique de la différentiation temporelle.

 

Cécile Girardin (Orléans) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Dans le feu de l’action : moment insurrectionnel et temps politique dans le roman contemporain »

A partir de plusieurs romans contemporains qui ont pour thème le moment de l’action insurrectionnelle (My Revolutions de Hari Kunzru, Shalimar the Clown de Salman Rushdie, The Reluctant Fundamentalist de Mohsid Hamid, The Inheritance of Loss de Kiran Desai, en particulier), cette communication examinera comment le texte de fiction exprime la crise politique dans sa dimension subjective et momentanée. Dans les textes envisagés, il est question de la décision individuelle de prendre la parole et de la rendre performative, de passer à l’action, de prendre les armes. Ces auteurs construisent des fictions du momentum, en dévoilant la dimension contingente, parfois arbitraire et impulsive, de l’action. Ils articulent le moment de crise avec le temps, plus long, de l’élaboration du politique. Notre communication tentera de montrer que ces fictions insurrectionnelles se donnent pour horizon une critique de la représentation et de la conscience politiques dans le monde contemporain – qu’il s’agisse de la crise de l’Etat-nation en Inde, du legs du mouvement de mai 1968, animé par un principe de plaisir du moment, ou du risque fondamentaliste toujours imminent dans la mondialisation.

 

Caroline Marie (Paris 8) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« "Something flickers and dances" : poétique de la danse et du ballet dans The Waves et The Years de Virginia Woolf »

Je me propose de montrer que dans The Waves, élevé par la critique au rang d’exemple paradigmatique du roman expérimental woolfien, qusi bien que dans The Years, majoritairement délaissé par la critique car jugé trop proche du roman réaliste, les motifs de la danse et du ballet, loin de se résumer à une série de vignettes ornementales à lire d’un point de vue thématique, participent de l’expérimentation d’une écriture toujours en recherche de représentation du moment (le ‘moment of being’ woolfien) mais aussi de représentation de ce ‘world seen without a self’ qu’évoque Bernard, l’écrivain dans The Waves. Quel est cette « danse », ce « ballétique » dont se nourrit l’écriture de Virginia Woolf dans ces deux romans, le découpage architectural d’un espace comme décor, la mise en rapport spécifique de personnages ou d’un corps et d’un espace, l’alternance entre mouvement et immobilité, la saisie de leur rapport ou de leur incommensurabilité ? Comment ces éléments spectaculaires pour le moins pragmatiques sont-ils transposés dans la fiction pour participer à sa recherche poétique ? Si le transfert d’éléments chorégraphique sert l’inscription du temps dans le récit, encore faudrait-il définir la temporalité particulière qu’il instaure, et se demander comment elle s’articule à la notion de rythme, mais aussi à celle de présent en tant qu’il est indistinct (« something ») et insaisissable (« something flickers and dances », The Waves) ; je formulerai l’hypothèse qu’elle instaure une temporalité théorisable en référence à celle de l’image-temps cinématographique (Deleuze). C’est la raison pour laquelle j’interrogerai également les rapports entre poétique du temps du ballet et quête d’une dépersonnalisation du monde qui implique une redéfinition du moment de perception dans une écriture qui construit autant qu’elle détisse (« He has minced the dance of the white butterflies at the door to powder », The Waves).

 

Anne-Marie Smith Di-Biasio (Institut Catholique de Paris) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« ‘If you have died . . .’ ; moment du poème, vacillement du traduire, l'instance du trouvé-créé, dans Truly, Madly, Deeply (Minghella, 1990) »

Le vers du titre, extrait d’un poème de Pablo Neruda, est prononcé en stéréophonie, dans une scène de traduction et de revenance qui est le cœur battant et le moment critique du film Truly, Madly, Deeply (Minghella, 1990). Il s'agirait de montrer comment ce moment du poème, suspendu entre deux langues, fait brèche dans l'écriture du film, pour créer une ouverture par laquelle on spirale hors-récit vers le lieu de la lecture pure. Afin d'éclairer ce lieu seront posées les questions de l'adresse, plus essentiellement l'adresse de l'absent(e), et celle de la destination de l'écrit. Or, ce moment poétique, celui d'un flottement, est le lieu de notre questionnement. Car cette scène occupe un espace de traduction et de transmission fait de combien de déplacements, s'écrivant depuis quelle origine, quel souvenir, quelle hantise ? Il s'agirait dans un deuxième temps de concevoir la lecture comme un lieu où les mots trouvent l’écho de ce qu’ils portent , ce qui est à la fois l’écho de leur absent(ce), et de leur impensé, (lieu d’inscription). Ainsi notre écoute de la voix du protagoniste prononçant la langue étrangère soulignera son étrange présence/absence, que l’on ne saurait expliquer par son statut fantastique de mort revenant, mais plutôt entendre comme une qualité suspendue à ces mots. En dernier lieu nous réfléchirons à comment, suspendu au temps de l' absence, le moment du poème est celui d'un vacillement de sens qui produit à son tour l’instance (performative) du crée trouvé (Winnicott) ou le corps du vide (Fédida).

 

Sandra Saayman (La Réunion) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“Pictorial disturbance of the literary text. An examination of the discontinuity and tension caused by the reference to an etching in Breyten Breytenbach’s ‘Paris’”

South African author Breyten Breytenbach’s A Veil of Footsteps (2008) is composed of short texts that may be read as the travel notes of a nomadic writer and painter, named “Breyten Wordfool.” The text “Paris” (just over two pages long) is structured around a discussion that the I-narrator has with a framer who has to frame a hand-coloured etching for him. This paper will study the manner in which the travel narrative is suspended due to the introduction of the pictorial, more specifically of a work of art that is both intra and extra-textual. The work of art that is to be framed by the Paris framer, is entitled S.A. Angel, which is also the title a work that Breyten Breytenbach created in South Africa in 1998. Breytenbach, who is a poet, novelist and painter, very rarely evokes his own pictorial oeuvre in his texts. What is of interest in “Paris” is the manner in which the narrative comes to a halt with the introduction of S.A. Angel, not, as one might expect, due to the presence of an ekphrasis (the work of art is not described here), but due to the lie the narrator tells the framer concerning the artist who created the etching. Ironically, when he sits down at a café to seize the moment and make a note “of the ethical implications of the betrayal that transpired at the framer,” the narrator is accosted by a “mildly mentally unbalanced” tramp who not only questions him about his identity, but also seems to know that he is a writer. Thus this paper will focus on the articulation between the literary and the pictorial in the light of the tension created by the extra-textual S.A. Angel, the etching called up by the text.

 

 

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