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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 10 - Etudes nord-américaines - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04


Hélène Aji (Paris Ouest) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Contre le vers libre, le poème libertaire : les ordres pluriels du poème américain contemporain »

Dès Stéphane Mallarmé et sa célèbre « crise de vers », le glissement de la poésie dans le verlibrisme a été considérée comme une libération et une perte. Libération des formes fixes jugées en décalage avec la réalité (et un langage) moderne. Perte des règles et des repères qui permettent de distinguer le poème de la prose, de maintenir la hiérarchie des genres littéraires, de garder le poète sur son piédestal d’artifex des mots.
Et si la poésie n’était plus que le découpage illusoire de la prose en vers, comme l’affirme Marjorie Perloff de bien des poèmes en vers libre, comment sauver la poésie ? La poésie expérimentale américaine des années d’après-guerre se débat entre l’impératif d’une spécificité générique du poème et l’aspiration idéaliste à une pratique démocratique du poème, démontant la dimension prophétique, pédagogique, voire dogmatique qui fut la sienne sous le règne des grands modernistes.
Black Mountain College se fait le théâtre de ce divorce, au sein de la poésie américaine, entre le souffle messianique et didactique d’une poésie de la hiérarchisation d’un monde en désordre (Olson et Duncan) et les méthodes anti-dogmatiques et participatives d’une poésie qui affirme l’arbitraire de tout ordre (Cage et Mac Low). Il s’agira dans cette communication de montrer que le poème libertaire américain tel que le pratiquent les poètes de la mouvance L=A=N=G=U=A=G=E, anarchiste dans son refus d’un ordre unique et la promotion d’ordres pluriels et provisoires, permet de revoir la fonction même de la poésie, comme lieu de la déstabilisation des idéologies que véhicule toute pratique langagière normée.

 

Susanne Berthier (Savoie) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Des Indiens pour "sauver le monde" : la quête spirituelle de Mabel Dodge Luhan à Taos »

À la veille de la Première Guerre mondiale qui allait marquer la fin du vieux monde occidental, Mabel Dodge Luhan, riche héritière américaine, rentrait de Toscane pour s’installer à New York. Soignant son mal-être, cherchant des réponses à toutes les questions que se posait l’humanité occidentale, elle ouvrit un salon littéraire pour y attirer les intellectuels de la ville. Poussant plus loin sa quête, elle imagina chez les Indiens pueblo de Taos, au Nouveau-Mexique, un salut pour l’Amérique et pour la culture occidentale croulant sous une accumulation de biens matériels. Un cacique du pueblo devint son guide et Mabel s’installa en bordure des terres indiennes où elle reproduisit son salon littéraire. Elle géra ses visiteurs pour qu’ils deviennent les porte-voix de la sagesse de Taos. Se succédèrent ainsi Willa Cather, Mary Austin, Carl Gustav Jung, D.H. Lawrence mais aussi des artistes et des politiciens comme John Collier, le futur Commissaire aux Affaires Indiennes de F.D. Roosevelt. Cette invasion du monde secret et fermé de Taos, ce piratage de la spiritualité pueblo, auraient pu détruire la communauté. Cette communication propose d’analyser la synergie qui s’est alors mise en place et le « sauvetage » dont on observe encore les traces.

 

Myriam Chasserieau (Aix-Marseille) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Les Amerika Häuser et la politique de réorientation américaine dans l’Allemagne d’après-guerre »

La politique d’occupation américaine de l’Allemagne est exposée dans les directives JCS 1067 d’avril 1945. Elles prévoient notamment la mise en place d’un programme de « réorientation » dont l’objectif est d’éliminer toute doctrine nazie et militariste d’encourager le développement de principes démocratiques en Allemagne. La politique de réorientation s’inscrit en particulier dans le contrôle de la presse et de la radio ainsi que dans l’éducation avec l’élaboration de nouveaux programmes scolaires.
Dès 1945, les soldats démobilisés laissent des journaux et des ouvrages en anglais à la disposition des Allemands dans des salles de lecture. Ainsi naissent les Amerika Häuser. Au départ simples bibliothèques, les Amerika Häuser deviennent le centre de la vie culturelle de nombreuses villes allemandes. Elles deviennent également une vitrine et un lieu d’échange sur les principes et les valeurs chers à l’Amérique. Nés d’initiatives individuelles dont le but était de sortir les Allemands de leur isolement culturel, les Amerika Häuser sont rapidement intégrés au programme de réorientation et administrés par l’Information Control Division du gouvernement militaire américain.
Alors que les relations américano-soviétiques se détériorent, les Etats-Unis voient dans l’Allemagne un allié stratégique. Dans un contexte de guerre froide émergente, comment les Amerika Häuser sont-elles devenues un des outils de soft power employés par les Etats-Unis pour ancrer l’Allemagne dans un bloc occidental ?

 

Carole Juge (Paris 4) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“The Guilt They Carried: Conflicts of Love and Heroism in Tim O'Brien”

In the long tradition of ancient war narratives, there was no shame to be felt for implicating an entire army to wash away an affront made to the object of a man's love. Menelaus raids Troy after the "theft" of his wife Helen by Paris. Antony's passion for Cleopatra and disdain of both his Roman duties and his wife provokes Octavius' wrath and deadly revenge. Henry VIII's obstinacy to get out of an unhappy marriage and his obsession with his new ladylove leads him to break from the Roman Church and create a new religion on the sole ground on his personal discontentment. There was no shame in defending one's love with blood, no guilt to be redeemed for politicizing sentiments.
American war narratives appear from the outside to be an exception. From the creation of the nation, war stories in America have more likely been expected to discuss heroism than love since American heroism, and with it the notion of American myth, was yet to be defined. The nation was a young geopolitical entity and there was a greater need for battling heroes who would shape American Exceptionalism than candid warriors conquering hearts. It was expected of American heroes such as pioneers to conquer land, not love, and to walk away from the lady he has just rescued. Love and other disasters appeared futile to the hallowed quest of heroism and expansion. Worse, they might even prevent it.
Lt. Jimmy Cross, the imperfect hero of The Things They Carried, perfectly embodies this guilt of love and the burden he is, thanks to a meaningful last name, suitable to carry. An imperfect leader, Cross is kept from his military duty to protect his men, including the symbolic Ted Lavender, only to indulge in his constant daydreams of his former flame Martha. His love for her has no positive consequences; it does not induce heroic deeds to generate pride or prove his manliness, it does not help him transcend his fear, it only causes Ted Lavender's death. O'Brien marks a step in the heroic characterization of American heroism in warzones as he finally puts forth the argument of love in American warfare and as he claims that "It wasn't a war story. It was a love story." (The Things They Carried, 85), a statement that American war narratives have tried to belittle but that O'Brien is softly reinstating in his war novel.

 

Eliane Liddell (Perpignan) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le fichage public des délinquants sexuels aux États-Unis »

En 2009, on comptait aux États-Unis plus de 650 000 personnes fichées dans les registres publics de délinquants sexuels, dont les noms et adresses sont accessibles librement sur internet. En outre, le Congrès a voté une loi en 2006 qui crée un registre national ouvert au public (Adam Walsh Act) et élargit considérablement la qualification d’infraction sexuelle. La même année, les États étaient encouragés à mettre en place des restrictions de résidence (Jessica’s Laws) à l’encontre de ces personnes fichées.
Je me propose d’observer les premières retombées sur le terrain de ces nouvelles mesures, uniques au monde selon le rapport de Human Rights Watch. Soumises à la concurrence entre territoires, les municipalités ont surenchéri, prenant des arrêtés plus sévères encore que les lois d’État. Des villes entières, voire des comtés, ont de fait interdit leur territoire à ces populations.
Le rejet brutal loin des zones urbaines ou dans les wastelands urbains a ainsi créé toute une catégorie de sous-citoyens ou de citoyens de nulle part, rendant leur suivi plus difficile et aléatoire. Leur concentration dans les rares zones défavorisées qui les acceptent, entraîne une spirale de déclassement et de ghettoïsation de ces quartiers.
En Californie, la loi de restrictions de résidence a été approuvée à 70% par consultation populaire, en 2006.
Ces observations me conduiront à un questionnement plus général sur le sens du durcissement pénal étasunien. S’agit-il d’une évolution culturelle liée à un climat de violence et de méfiance de l’autre endémique ou bien a-t-on affaire à un processus politique spécifique ?

 

Yolande Ohana (Paris Est) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« L’imposture Madoff ou le nouveau schéma de la philanthropie juive américaine »

L’escroquerie pyramidale de Bernard L. Madoff, qui fut longtemps considérée comme un puissant mécène au sein la communauté juive américaine, se monta environ à 50 milliards de dollars, selon un principe très simple, appelé « pyramide de Ponzi » : payer les intérêts des clients existants grâce au capital apporté par les nouveaux. L’écroulement de cette gigantesque fiction financière eut des répercussions énormes non seulement dans la communauté philanthropique juive en Amérique mais aussi en Europe et en Israël.
La philanthropie connaît aujourd’hui un essor sans précédent avec de généraux donateurs tels que Bill et Melinda Gates ou Warren Buffet. L’accroissement des inégalités sociales et l’enrichissement outrancier de quelques individus posent la question de la responsabilité sociale des entreprises de la régulation publique et du rôle du tiers secteur. Les fondations deviennent les acteurs d’une nouvelle donne.
Il n’y a jamais eu, même en temps de crise financière, autant de milliardaires dans le monde mais il n’y a jamais eu autant d’injustices sociales et d’inégalités dans la répartition des richesses. Ce qui change de nos jours, c’est la philosophie qui à la base de la philanthropie. La philanthropie signifie traditionnellement « amour de l’humanité » et « bienfaisance ». A l’idée de charité et de générosité succède aujourd’hui la notion de « don » qui se définit comme un investissement social, avec un profond souci d’efficacité.
Le scandale financier provoqué par Bernard Madoff est une véritable tragédie pour la philanthropie juive. Les dommages ne sont pas seulement matériels mais psychologiques et moraux.

 

Virginie Picquet (Le Mans) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Sauveurs du monde ou fauteurs de troubles ? L’image dégradée des Etats-Unis dans le monde »

Les présidents américains successifs ont souvent mis en avant l’exceptionnalisme de la nation américaine pour justifier leur ingérence dans les affaires du monde. Cette vocation messianique est au cœur de la politique étrangère des Etats-Unis : ultime recours contre la tyrannie dans une Europe dévastée par la guerre, ils sont aussi les défenseurs irréductibles du monde libre alors que la guerre froide fait rage. Le conflit vietnamien et son cortège d’atrocités, les scandales (Irangate…), mais également les révélations sur le rôle joué par la CIA dans le renversement de gouvernements démocratiquement élus, font quelque peu voler en éclats cette vision angélique [1]. Sous couvert de défense des valeurs humanistes percent des motivations beaucoup plus cyniques. D’année en année, l’antiaméricanisme gagne du terrain, jusqu’à atteindre un certain paroxysme sous la présidence de George W. Bush [2]. La légitimité des Etats-Unis à intervenir dans le concert des nations est de plus en plus contestée [3]. Certains vont même jusqu’à affirmer que la superpuissance est désormais davantage un problème qu’une solution [4]. De fait les résultats des sondages d’opinion réalisés auprès des populations d’un grand nombre de pays ne sont guère flatteurs pour un pays qui se « targue d’être un phare pour l’humanité » [5]. Et si l’élection de Barack Obama semblait laisser augurer une nouvelle ère, force est de constater qu’il peine à restaurer l’image des Etats-Unis dans le monde. Cette communication se propose d’analyser pourquoi alors qu’ils étaient considérés comme sauveurs du monde, les Etats-Unis sont désormais plutôt perçus comme fauteurs de troubles. Il conviendra dans un second temps de montrer que si les critiques adressées aux Etats-Unis sont à la fois légitimes et salutaires, elles relèvent parfois de l’anti-américanisme obsessionnel dont les deux traits les plus saillants sont « la sélection des preuves et la contradiction interne du réquisitoire » [6]. L’Amérique n’est-elle pas accusée avec la même vigueur par ses pourfendeurs d’être tantôt trop interventionniste, tantôt trop isolationniste en se désintéressant égoïstement du reste du monde ? Enfin il nous faudra analyser si les décisions prises par Barack Obama en politique étrangère sont susceptibles, à moyen terme, de redorer le blason terni des Etats-Unis et de légitimer l’obtention d’un prix Nobel de la paix qui fut dénoncée comme prématurée jusque dans les rangs de ses plus fidèles partisans.
 
[1] Jacques Portes, Les Américains et la guerre du Vietnam, Paris, Editions complexe, 1993, p. 14.
[2] Anatol Lieven, America Right or Wrong, New York, Oxford University Press, 2004, pp. 12 et 13.
[3] Gérard Chaliand et Arnaud Blin, America Is Back, Paris, Bayard, 2003, p. 189.
[4] Emmanuel Todd, Après l’empire, essai sur la décomposition du système américain, Paris, Gallimard, 2002.
[5] Newsweek, 31 janvier 2005
[6] Jean François Revel, L’obsession anti-américaine, son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences, Paris, Plon, 2002.

 

Anne-Laure Tissut (Paris 4) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Pas Sidney ne sauvera pas l’Amérique »

Dans ce dernier roman publié, Percival Everett s’inspire des codes et structures de l’épopée et, plus généralement, de la quête, pour mettre à mal un certain nombre des grands mythes américains. Le héros, faiblement charpenté, se fait d’abord rosser durant sa scolarité, puis emprisonner pour sa peau noire, qui n’est pas à compter parmi les aides dans sa progression. L’atout principal, ou donné comme tel, est l’immense fortune léguée par sa mère, fortune que le héros-narrateur dit « obscène », et qui s’avère source de tracas plus que de bonheur. Les figures, bienveillantes ou hostiles, rencontrées en chemin, incluent des stars du show-biz, telles Ted Turner ou Jane Fonda, dont la représentation distanciée contribue à dresser un portrait-charge d’une Amérique consumériste, gouvernée par le spectacle et le star-système. La filmographie de Sidney Poitier, détournée à des fins de critique du racisme omniprésent, nourrit les rêves du héros, plongé dans des songeries chaque fois déclenchées par une séance de fellation. L’Amérique bien pensante et arriviste se voit l’objet d’une critique acerbe dans le cadre d’une comédie de mœurs pourtant d’un comique achevé. Au terme de ses pérégrinations, le héros picaro ne s’est pas ouvert à la religion (bien qu’accaparé par une communauté de sœurs voyant en lui leur sauveur), pas plus qu’il n’a découvert son identité. « I AM NOT MYSELF TODAY » est la déclaration qui vient clore le roman, semant la confusion, comme souvent dans l’œuvre d’Everett, quant à l’identité du héros, qui a dû au cours de ses aventures identifier le cadavre de son double, Sidney Poitier ou Pas Sidney Poitier.
L’astuce du prénom « Pas Sidney » introduit l’une des dimensions majeures de ce roman : le jeu linguistique, qui se déploie au fil de dialogues prenant le langage quotidien au pied de la lettre, ou de descriptions qui abusent des procédés conventionnels pour en dénoncer la vacuité. La critique de la vision millénariste d’une Amérique en attente du sauveur se mêle à une déconstruction des procédés et conventions romanesques, ainsi qu’à une remise en question radicale du langage, présente dans l’œuvre d’Everett en totalité, et qui souligne ici le rôle crucial de la langue et des formes de représentation et d’échange dans l’élaboration de tout mythe ou vision collective comme dans la création et l’entretien d’icônes culturelles. En détournant, à des fins critiques, les instruments favoris des médias et en investissant à nouveaux frais les motifs et conventions de genres littéraires canoniques, Everett ne fait-il pas ici œuvre proprement américaine, à travers cette entreprise d’affranchissement et d’appropriation ?

Everett, Percival, I Am Not Sidney Poitier. Graywolf: St Paul, Minnesota, 2009.

 

Nausica Zaballos (Paris 4) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“Community Healing in the American Psychiatric Field: the origins of the Advocacy Movement, Soteria and the Club-House culture”

In the wake of the British anti-psychiatry movement, American patients and doctors created alternative structures that promoted a communitarian approach to the treatment of mental illnesses. In the 1970’s, the suffering patient became a committed user and a psychiatric survivor. He was entitled, through an expertise based on experience, to challenge therapeutic protocols that appeared coercive or degrading. At the same time, different states enacted acts that guaranteed more freedom to the psychiatric patient. In California, the Lanterman-Petris-Short Act provided mentally disordered persons and individuals impaired by developmental disabilities with judiciary tools to oppose involuntary commitment. Legislative action contributed to the rise of national peer-support groups in the mental health field. This article intends to acknowledge the different roots of what came to be known as the Advocacy movement in the United States. The rejection of medical authority in relation with the American mistrust for institutions, the celebration of the self-made man as an individual of experience and the communitarian aspects of American philanthropy will be discussed through two specific examples: Soteria founded by Californian psychiatrist Loren Mosher in 1971 and Foutain House created in 1950 in New York.

 

 

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