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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 6 - Histoire des idées - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04

 

Thème « La peur »

 

Patrick Badonnel (Paris 3 / Nouvelle-Calédonie) - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Sur le concept d’idéologie (suite) »

Il s’agit ici de poursuivre une réflexion inaugurée l'année dernière pour ce même atelier. Après un début bien laborieux destiné à « débroussailler le terrain » je propose de se pencher sur les rapports obscurs, à tout le moins opaques, qu'entretiennent « histoire » et « idéologie ».

Cette réflexion ne permet pas l'économie d'une interrogation renouvelée sur l'Histoire dont on se demandera si elle ne se constitue pas uniquement ou en grande partie sur les ruptures idéologiques qui brisent le continuum historique et permettent le « mouvement de l'Histoire », ou, plus précisément la relance de ce mouvement. Nous poursuivrons notre méditation en nous intéressant à l'interprétation de l'Histoire ; y a-t-il une lecture univoque ou polyvoque, sinon équivoque, de l'Histoire? A quelles conclusions cela nous conduit-il alors? Des avatars - au sens hindou du terme - devront alors retenir notre attention : certains concepts ne manquent pas de se révéler épineux, voire effrayants, et doivent être éclairés, si faire se peut. Qu'il s'agisse de l'historicisme, du négationisme, du monde post-idéologique prophétisé par certains ou de la fin de l'Histoire, l'historien des idées ne peut s'en désintéresser et a même le devoir de les interroger,de les faire travailler au sens que donne Deleuze à ce terme dans Qu'est-ce que la philosophie? Enfin, pour illustrer la coexistence (pacifique) au sein de cet atelier de la littérature et de la civilisation (deux termes d'ailleurs totalement dépassés) nous nous intéresserons à un genre particulier : le roman historique.

 

Laurence Dubois (Paris 3) - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Les réticences à l’égard de l’abandon des moyens de contention mécanique au sein des asiles anglais dans la première moitié du XIXe siècle : peur ou hostilité ? »

Je me propose d’étudier l’opposition rencontrée par John Conolly et ses prédécesseurs (Robert Gardiner Hill en particulier, à l’asile de Lincoln) tant au niveau local (personnel de l’asile, administration, surveillants) qu’au niveau national chez leurs homologues contemporains, lors de la mise en place d’une politique de non-restraint. Il conviendra de déterminer si ces réticences, et parfois cette réelle opposition, se basaient sur une peur de savoir des fous en liberté, ou sur une divergence théorique, pour des motifs thérapeutiques ou liés à l’ordre social. Il serait intéressant également d’intégrer une réflexion sur les réticences marquées que l’on trouve chez les aliénistes français, qui, par leurs lectures, étaient parfaitement au fait de ce qui se passait en Angleterre, mais refusaient dans leur grande majorité d’appliquer le même système en France (le paradoxe étant que Conolly et les partisans anglais du non-restraint s’appuyaient en grande partie sur les principes du traitement moral de Pinel).

Je noterai également que les réticences ou oppositions, bien que virulentes à l’occasion, devinrent minoritaires en Angleterre au cours des années 1840, et que le non-restraint, sous l’impulsion de Conolly, deviendra la norme dans les asiles anglais des années 1850.

 

Elizabeth Durot-Boucé (Le Havre) -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le roman gothique et la peur des femmes »

La fiction gothique brosse des paysages d’angoisse aussi majestueux que menaçants, des forteresses de cauchemar enveloppées d’ombre et de mystère, elle met en scène des scélérats impitoyables, des désirs inavouables et infâmes, la transgression des tabous ultimes. La terreur, « ressort principal du récit, » écrit Walpole dans la préface du Castle of Otranto (CO 6, « the author's principal engine »), empêche l'histoire de languir, cette terreur dont Burke vient de démontrer qu'elle peut se révéler source de plaisir esthétique. La plupart des interprétations du gothique attribuent la terreur que suscite par définition ce genre, au motif de l’inceste à l’intérieur d’une intrigue œdipienne. Radcliffe notamment narre toujours la même histoire de victimisation de l’héroïne qui, reniée et désavouée, recherche une mère disparue dans le labyrinthe d’un château ou d’un couvent, fuyant en même temps les attentions agressives et érotiques d’un père ou d’un substitut paternel.

Le gothique c’est donc d’abord la terreur ressentie par des femmes, qui ont peur d’être emprisonnées, peur d’être rattrapées lorsqu’elles s’enfuient, peur d’étouffer dans la société patriarcale de l’époque. Le motif du personnage enterré vivant peut s’analyser comme la représentation de l’existence féminine et le décor architectural piranésien de ces romans suggère très nettement une société oppressante. La fiction gothique, comme la tradition du carnaval, comme le masque, permet une certaine libération, un exutoire pour les désirs refoulés. Il est significatif que de nombreuses femmes se soient tournées vers l’écriture gothique : le gothique s’avère être un mode qui permet l’expression de leurs propres fantasmes, qui leur offre un répit des frustrations de leur quotidien. Et la peur des femmes est bien aussi celle qu’elles inspirent aux hommes : le désir féminin est craint comme forme de désordre. Le désir subversif d’importance éprouvé par les femmes constitue une menace pour l’ordre social établi. C’est pourquoi on a pu qualifier le gothique de révolutionnaire : il accorde une voix à celles qui sont culturellement réduites au silence. Le roman gothique, principalement écrit par des femmes pour des femmes, découvre la scène primitive d’une femme opprimée, décrite comme un simple objet dépourvu de tout contrôle sur son propre destin et en fait un voyage où les femmes gagnent fortune et pouvoir.

 

Michel Pérez (Nouvelle-Calédonie) -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Australie, âme inquiète »

Qu'elles soient rationnelles ou, le plus souvent, irrationnelles, la peur et les craintes constituent le meilleur fil d'Ariane pour comprendre l'âme profonde de l'Australie blanche depuis sa fondation en 1788.

Au sein du pays, les Aborigènes apparaissent comme fondamentalement étranges et étrangers, sans aucune hiérarchie nettement visible et établie permettant d'emporter l'adhésion de tout un groupe aux nouvelles valeurs imposées. Quant à la faune et à la flore, elles sont si déconcertantes que les colons venus des Iles britanniques s'acharnent, sur plusieurs générations, à acclimater plantes et animaux importés d'Europe. Le plus souvent en pure perte.

Mais les dangers les plus importants semblent venir de l'extérieur. L'Australie, riche de son potentiel agricole et pastoral, fait face à des nations pauvres en Asie et en Océanie. Elle est démographiquement vide alors qu'à proximité vivent ceux qui sont perçus comme les "masses asiatiques grouillantes". Enfin, elle est dominée par des Britanniques protestants, alors que rodent à proximité des puissances européennes telles que l'Allemagne et la France qui, pense-t-on à l'époque, ne voient en elle qu'une proie facile à arracher à Londres.

 

Coralie Raffenne (Orléans) -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le climat, la peur et l’économiste »

Près d’un an après l’échec du sommet de Copenhague sur le changement climatique, le documentaire Cool It , illustration médiatique des thèses climato-sceptiques du Danois Bjorn Lomborg, fait sa première apparition sur les écrans aux Etat Unis, au Canada puis au Royaume Uni. L’argument central se dégage très clairement de la bande annonce : « Fear has been ruling the climate debate…it’s about time we realise the current approach is broken…science has been hijacked by alarmists and the public are given to believe they are to blame ». Le documentaire prend explicitement le contre-pied du film d’Al Gore An Inconvenient Truth, dont il vilipende le sensationnalisme que suscite une vision apocalyptique des conséquences du réchauffement climatique. A la rhétorique émotionnelle, irrationnelle et presque religieuse du discours dominant sur le climat s’oppose l’approche froide et rationnelle de l’économie politique préconisée par Lomborg. En effet, la controverse climatique telle qu’elle apparaît dans les médias anglo-saxons ne concerne pas la réalité du réchauffement climatique et de ses causes humaines, mais plutôt l’approche à adopter, les moyens à mettre en œuvre face à ce phénomène (« how best to go about it »). A la nécessité d’agir en urgence pour endiguer coute que coute le phénomène, Lomborg oppose la question de l’allocation optimale des ressources dans la lutte contre les problèmes environnementaux. Plutôt que d’agir dans la panique, il s’agit simplement de prendre le recul nécessaire à la mise en œuvre de solutions efficientes.

La controverse climatique dans le monde anglo-saxon se révèle particulièrement intéressante car elle reflète une confrontation symbolique décomplexée entre deux types de savoirs : la climatologie, science dure, que l’on n’hésite pas dans ce contexte précis à associer à la peur irrationnelle du futur, et l’économie politique, érigée au rang des sciences dures, et à elles supérieures par la rationalité froide et calculatrice dont elle est capable. Elle reflète également une opposition entre deux formes de technologie gouvernementale : celle qui s’organise autour d’un récit sur les finalités politiques et le monde imaginé, qui selon ses détracteurs, entretient des liens bien trop ténus avec des émotions telles la peur ou l’espoir ; celle qui tente de se dégager de la subjectivité des choix politiques pour se concentrer sur l’efficience des politiques publiques. La communication explorera cette double confrontation qui met en scène, de façon particulière, la peur.

 

Marie-Bénédicte Rey (Paris 3) -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le rôle de la peur de l’Asie dans la construction identitaire australienne »

C’est dans la relation à l’autre que l’on se définit et la peur peut parfois devenir une donnée majeure de ce processus. Dans le cas de l’Australie, l’« Autre » fut souvent incarné par l’Asie, qui représentait en l’occurrence un « Autre » parfois effrayant, parfois attirant. Le rapport de l’Australie à sa région asiatique [dans le cadre de mes recherches, lorsque j'évoque la région de l'Australie, je me réfère à l'Asie de l'Est, que j'ai délimitée à l'ouest de la Chine et de la Birmanie, incluses]évolua beaucoup depuis la Fédération, non sans ambivalence et contradictions, dans le cadre d’une orientation volontaire et progressive du gouvernement australien vers la région. Si en 1901, la région était volontairement ignorée et les Asiatiques rejetés, dans les années 1990, l’Australie s’était réinventée. Elle revendiquait alors fièrement et officiellement son multiculturalisme, incluant l’élément asiatique, et ses bonnes relations à la région, liées à sa politique d’engagement régional. Pourtant, à la même période, une résurgence de la peur de l’Asie sur la scène publique sembla remettre en question la légitimité de cette nouvelle perception identitaire. Dans quelle mesure la peur de la région asiatique continuait-elle de façonner une certaine perception identitaire de l’Australie dans les années 1990?

Cette communication vise à explorer le thème de la peur dans la relation de l’Australie à sa région et son impact en termes de perception identitaire. Cette analyse se concentre particulièrement sur la scène domestique australienne dans les années 1990.

 

Cyril Selzner (Paris 1/Limoges) -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Conscience puritaine et peur de la damnation en Angleterre (XVIe-XVIIe siècles) »

L’œuvre de Nathaniel Hawthorne est loin d’être la seule à avoir popularisé l’image sombre d’un puritanisme moralisateur et obsédé par la damnation. Bien que le cliché contienne une part de vérité, il ne rend pas justice à la richesse et à la qualité des distinctions théologiques, pastorales et psychologiques élaborées par les théologiens puritains autour de la perception de la damnation et de l’attitude émotionnelle appropriée – en l’occurrence, la peur – tout particulièrement dans le style de piété qu’on a coutume d’appeler, à la suite de R. T. Kendall, le prédestinarisme expérimental. Cette contribution propose d’explorer quelques- unes des théories et des pratiques pastorales puritaines concernant la peur de la damnation, et tentera d’analyser leurs présupposés théologiques et psychologiques.

De nombreux historiens ont rappelé que la mort violente et les souffrances terrestres n’inspiraient pas toujours la plus intense des peurs que les Européens de la première modernité étaient susceptibles d’éprouver. L’âge des réformes – qui a pu être décrit comme une seconde christianisation de l’Europe –, loin de rompre avec ce que Jean Delumeau a nommé la « pastorale de la peur », semble au contraire avoir connu une intensification des angoisses spirituelles autour du salut, indiscutablement accrues par le fait même des divisions confessionnelles. On peut soutenir que le protestantisme y a contribué spécifiquement en supprimant le Purgatoire ainsi que de nombreuses formes ritualisées de rédemption développées dans l’Église médiévale, ce qui pouvait aboutir à une forme de logique binaire particulièrement anxiogène. Les théories de la double prédestination développées dans la tradition réformée, particulièrement dans les îles Britanniques, ne pouvaient qu’accentuer un tel processus. Que la crainte du Seigneur soit le commencement de la sagesse, et que la peur de l’Enfer puisse être une des voies du salut relève bien entendu de la doctrine chrétienne traditionnelle, mais William Perkins et de nombreux théologiens puritains ont nettement approfondi cet héritage commun en consacrant une part importante de leur œuvre à la description clinique de l’état intérieur des fidèles, et surtout en établissant un cadre normatif permettant d’évaluer les types et les nuances multiples des craintes ou des angoisses liées à l’élection. Un des nombreux paradoxes de la piété puritaine est certainement le cercle – vertueux à leurs yeux – qui relie la peur et l’assurance ; on pourrait presque dire que selon eux, et au rebours d’une formule célèbre, la seule chose à craindre est bien l’absence de peur. La catégorisation fine de ce sentiment, dans une perspective à la fois descriptive et normative, semble devoir mériter une attention particulière.

 

Marie Terrier (Paris 3) -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« La réforme ou la dialectique de la peur dans la pensée socialiste d’Annie Besant (1885-1890) »

L’adoption du socialisme par Annie Besant s’accompagne d’une reconnaissance des menaces qui pèsent sur la société : processus d’évolution contrarié, régression physique et surtout morale des individus sous le régime capitaliste. Face à cette menace, Annie Besant construit un discours socialiste qui lui permet d’afficher une foi en un avenir meilleur quasi inébranlable. Prenant en compte les craintes suscitées par cette nouvelle idéologie et sa propre peur d’une explosion révolutionnaire, elle cherche à dédramatiser le socialisme en s’engageant fermement sur une voie graduelle et pacifique. Cette dialectique (entre la peur des conséquences du « laissez-faire » et la peur des conséquences du marxisme révolutionnaire) semble être fondée sur la croyance en la vérité du principe d’évolution et sur la volonté d’assurer le progrès graduel des sociétés humaines. Le dépassement de cette dialectique semble passer par la stratégie réformiste et constitutionnaliste, stratégie qu’Annie Besant a poursuivie toute sa vie. En s’appuyant sur des sources primaires trop souvent négligées au profit de considérations biographiques, il s’agira de présenter cet aspect de la pensée socialiste d’Annie Besant tout en soulignant ses relations avec les idées politiques des premiers Fabiens.

 

René Zimmer (Nouvelle-Calédonie) -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Flannery O’Connor, ou la peur de jouir »

Coitus interruptus. Condamnée dès l’adolescence a une mort atroce et mettant en scène la violence, la haine et l’incroyable bêtise du genre humain dans son œuvre, Flannery O’Connor aime Dieu, le dogme, le rite et le culte. Dans un monde grotesque d’une laideur sans pareille où les aigrefins abusent des faibles d’esprit, les jeunes des vieux et les parents des enfants, elle montre que la vie est une longue quête d’amour perdu. Que craint-elle donc tant pour entraver toute étreinte ? Il semblerait qu’un étrange bestiaire la hante, fait de boucs, d’élans, de serpents, de bêtes qui s’agitent, tressaillent, glissent dans l’air et dans l’eau et le ventre, provoquant de mortelles jouissances, dont je m’efforcerai d’apprécier l’origine, l’intensité et le siège.

 

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