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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 4 - Etudes victoriennes et édouardiennes - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04

Christian Auer (Strasbourg) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« La contestation de l’arbitraire culturel et la transgression des règles de bienséance : la lutte des suffragettes en Ecosse »

Cette communication a pour objectifs d’étudier les stratégies par lesquelles la société victorienne parvenait à maintenir son contrôle et sa domination sur les femmes et d’examiner les mécanismes auxquels eurent recours certaines suffragettes pour obtenir des droits politiques identiques à leurs homologues masculins. Pour ce faire je ferai référence aux travaux de Pierre Bourdieu sur la domination masculine ainsi qu’au concept de stéréotype tel que défini par Homi Bhabha. Mon propos s’articulera autour de trois axes principaux : je commencerai par examiner comment l’Ecosse victorienne définissait la bienséance et comment cette notion se matérialisait dans le discours dominant relayé par la presse régionale et locale. J’étudierai dans un deuxième temps la façon dont certaines femmes s’appropriaient et intégraient les notions de respectabilité et de bienséance, qui pourtant résultaient d’une construction historique masculine. Je consacrerai enfin une part importante de mon intervention à l’examen de la transition de l’époque du consentement, de la soumission acceptée et intégrée, vers le temps de l’émancipation, que les femmes les plus audacieuses tentaient d’obtenir par la contestation du dogme de leur infériorité foncière. Ce dernier point me permettra d’établir une comparaison entre l’Ecosse et l’Angleterre ; je ferai remarquer que la remise en cause des règles de bienséance, notamment par l’adoption de stratégies d’opposition violente, prit forme d’abord en Angleterre avant de s’étendre en Ecosse, la presse écossaise se félicitant d’ailleurs du comportement généralement plus « respectable » des suffragettes écossaises.

 

Aurélie Baudry (Aix-Marseille) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Audace et génie civil à l’époque victorienne : Isambard Kingdom Brunel et la ville de Bristol »

Visionnaire et grand ingénieur civil, Isambard Kingdom Brunel a marqué le siècle victorien par l’audace et l’ambition de ses projets. Trois des grandes réalisations de l’ingénieur, peut-être parmi les plus symboliques et significatives de son travail, se trouvent à Bristol. Le « Suspension Bridge », pont devenu aujourd’hui emblématique de Bristol, le « SS Great Britain », premier paquebot à vapeur à coque de fer et à propulsion à hélice au monde et « Temple Meads », gare d’arrivée de la « Great Western Railway » (la première ligne de chemin de fer reliant Londres à Bristol et dont le projet avait était confié à Brunel) témoignent encore du talent et de l’audace de leur concepteur. Nous proposons d’examiner de quelles manières, Brunel, par ses travaux et l’emploi de techniques toutes à fait novatrices pour l’époque, a révolutionné le génie civil tant dans le domaine des structures que celui des transports. L’étude de la correspondance, des journaux et des dessins de Brunel nous éclairera sur les problèmes rencontrés par l’ingénieur au moment de la conception des trois projets précités. Nous nous intéresserons enfin à l’héritage de Brunel à Bristol et sur l’impact qu’ont encore ses réalisations sur la ville. Dépassant leur simple dimension fonctionnelle, certaines des conceptions de l’ingénieur sont devenues de forts attraits touristiques contribuant au développement culturel de Bristol. Le « SS Great Britain », transformé en musée, le pont, lui aussi largement visité et doté de son petit musée ou encore la création plus récente du « Brunel Institute », centre de recherche et de conservation des travaux de Brunel spécialisé en histoire, archéologie et ingénierie maritimes, traduisent une volonté de mettre en lumière le génie et les innovations de ce grand victorien.

 

Myriam Boussahba-Bravard (Paris 7) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« L’impensable : le fouet suffragiste et public : elle a osé ! / L’impossible récit dans la presse : ils n’ont pas osé ! »

When Teresa Billington-Greig (TBG) waved a whip at male stewards of a Northampton Liberal meeting, she transgressed the 1906 social and sexual codes. The local and national press adopted various strategies which spanned from reporting the event and omitting the whip to expanding on the shameless suffragist Amazon. Billington-Greig gave her own version in ‘The Woman with a Whip’ in which she theorised women’s rebellion against political and sexual oppression. The episode as related in the press almost visually made readers see the ‘shameful’ episode despite omissions and veiled meanings. With her whip, TBG could no longer epitomise the tender female potentially nurturing her offspring but became an Amazon. As a warrior, she not only used physical violence but she did it against men. She castigated the then common sexual assaults on suffragist women, recalled slave punishment although she was the master and evoked shady gladiatorial arenas of sexual trade where she would be dominant. There was no denying that in Northampton she was in the lead and, secondly, that this good-looking, young woman had become a ‘wild’ creature. In her own words, she had no qualms in whipping stewards who meant to ‘insult’ her. She had broken free from the social code for females and even more so when later she used words to contest women’s lack of rights and power. In the suffragist campaign, women claimed their share, even if ladies did not. Lady-like conventions and respectability exploded; moustaches or disordered minds were no more of use to spot suffragists who could be anyone in the crowd or at home. If getting the vote would ‘unsex’ women, antisuffragists and ‘popular wisdom’ used to say, TBG was a clear example of what politics could do to a normal woman; she had become masculine and was resisting social control: could this be the standard definition of suffragist women? One can see how the local and national press hesitated between the various facets of the episode; social fear was lurking behind details or omissions in the press coverage of ‘The Woman with a Whip’: they did not always dare to tell.

 

Laurent Bury (Lyon 2) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« “Pause on the brink”? Ces nus qu’osa Henrietta Rae (1859-1928) »

Alors qu’elle n’exposait que depuis quelques années, Henrietta Rae frappa un grand coup en 1885 : la Royal Academy accepta d’accrocher lors de son exposition annuelle deux grands nus mythologiques, Ariadne et A Bacchante. Peu après, l’artiste reçut une lettre l’implorant de « pause on the brink » et de renoncer au nu, genre par lequel elle pervertissait ses dons naturels. C’est aussi en 1885 qu’éclata la controverse au sujet du nu en art, autour de la série de lettres adressées au Times par John Callcott Horsley. Henrietta Rae persista néanmoins, et continua à présenter régulièrement des œuvres ambitieuses où la nudité (féminine exclusivement) s’offrait à tous les regards ; tandis que son mari, le peintre Ernest Normand, donnait dans le nu érotico-exotique, elle sut se cantonner aux thèmes mythologiques, alibi culturel bien commode.

 

Marianne Camus (Bourgogne) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le Nu, et encore ? »

La pruderie généralement associée à l’ère victorienne est une notion qui mérite d’être remise en question au vu du nombre de nus produits par les peintres de l’époque. Nous examinerons ici – à travers des exemples, entre autres, de Leighton, Waterhouse, Etty ou Poynter – ce que nous appellerons, faute de mieux, le nu multiple. Nu multiple qu’on peut diviser en trois catégories : les groupes de nus féminins, les groupes de nus incluant des enfants et les groupes mixtes (homme(s) et femme(s)). Nous tenterons de dégager, sous l’habillage de mythologie grecque revisitée qui les caractérise souvent, l’audace dont ils font preuve, même si c’est de manière détournée, dans l’expression des désirs, des fantasmes sexuels partagés par les peintres et les amateurs. Et peut-être même par la société victorienne (masculine) dans son ensemble. Ce sont en en effet les traces de ces désirs perceptibles dans les romans de l’époque qui rendent ces peintures de nus multiples audacieuses par comparaison. Encore que les limites de cette audace soient vite atteintes quand comparaison est faite de sujets similaires par leurs homologue s français. N’empêche, le frémissement mérite l’attention.

 

Fabienne Gaspari (Pau) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« “My dear audacious Moore : les poses de l’artiste décadent dans Confessions of a Young Man (1886) »

À la lecture de Confessions of a Young Man, Pater aurait salué l’audace de Moore (si l’on en croit la lettre que ce dernier cite dans sa préface), audace affichée et revendiquée, comme nous entendons le montrer dans cette étude. Ces confessions d’un jeune anglais retracent le parcours de George Moore à Paris dans les années 70 et présentent ce séjour comme un moment fondateur dans sa carrière. Moore décrit les milieux artistiques qu’il fréquente, les influences qui s’exercent sur lui et livre à son lecteur l’autoportrait d’un jeune Anglo-Irlandais en quête d’identité. Autoportrait audacieux à plus d’un titre : tout d’abord en raison des artistes qui deviennent, pour lui, des références – Zola et Gautier, Manet et Degas ; ensuite parce que l’autobiographe adopte la pose de l’artiste décadent et donne à ses confessions une dimension ludique voire parodique. Il s’agit certes de tout dire (Moore compare son discours à un babillage spontané et sincère) mais de le dire en affichant le jeu sur les masques et les poses que l’artiste s’amuse à adopter. Le caractère histrionique de l’écriture participe du ton audacieux de cette œuvre qui, par ailleurs, affiche le corps de l’artiste et ses désirs, ainsi que ce qu’il appelle « the fever of the unknown », « [his] appetite for the strange, abnormal, and unhealthy in art », « the labyrinth of [his] desires ».

 

Anne-Florence Gillard-Estrada (Rouen) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Oser Dionysos: les bacchanales du peintre Lawrence Alma-Tadema »

Cette communication s’intéressera à la production du peintre Lawrence Alma-Tadema consacrée à la thématique du dionysiaque et des bacchanales, sujets qui reviennent dans de nombreuses œuvres des années 1870-1880. Il s’agira notamment de mettre en lumière deux sources d’inspiration a priori hétérogènes mais convergentes. Celle tout d’abord du peintre Gérôme, qu’Alma-Tadema rencontra à Paris au début des années 1860, et qui eut une influence profonde sur ses options esthétiques (notamment le choix de se tourner vers des sujets néo-pompéiens ou néo-grecs). Alma-Tadema s’inspira aussi de sa « manière », ainsi que de sa tendance à insérer dans ses scènes de nombreux objets archéologiques authentiques mais détournés de leur contexte, et souvent porteurs d’allusions suggestives, voire licencieuses. L’autre influence qu’on souhaite dégager est celle des écrits de Walter Pater portant sur le culte de Dionysos et les rites dionysiaques. On fera l’hypothèse que ce double éclairage permet de faire apparaître les aspects audacieux, voire subversifs de ces scènes de bacchanales.

 

Jérôme Grosclaude (Paris 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Oser l’emploi des laïcs dans l’Eglise d’Angleterre : Wilson Carlile et l’Armée de l’Eglise (Church Army) (1882-1906) »

Dans une Eglise d’Angleterre où les laïcs étaient tenus à l’écart de toutes les fonctions ministérielles (prédication et célébration des sacrements), un prêtre anglican, Wilson Carlile, osa en 1882 proposer la création de l’Armée de l’Eglise. Cette organisation entièrement composée de laïcs avait pour but principal d’évangéliser les zones défavorisées d’Angleterre. A cette fin, des « évangélistes » (evangelists) se mirent à sillonner le pays. Ils se livraient à la prédication, visitaient les prisons et les domiciles des classes populaires et célébraient un office tous les jours. D’abord considérée avec méfiance, l’Armée de l’Eglise ne tarda pas à gagner la confiance des évêques anglicans qui donnèrent en 1885 le feu vert à ses activités. En effet, loin de considérer la création de l’Armée de l’Eglise comme un défi lancé au clergé, Wilson Carlile la voyait comme un outil au service de celui-ci. En 1906, signe de la haute estime dans laquelle il était tenu, Wilson Carlile fut nommé prébendier (prebendary) de la cathédrale Saint-Paul. Comment expliquer que les évêques aient accueilli avec enthousiasme en 1885 une organisation reposant sur l’attribution à des laïcs du ministère de la parole, jusque-là exclusivement dévolu au clergé ? Pour répondre à cette question, nous verrons d’abord les circonstances qui entourèrent la création de l’Armée de l’Eglise, avant de nous pencher sur son fonctionnement, puis d’étudier la réaction du clergé et des laïcs de l’Eglise d’Angleterre.

 

Samia Ounoughi (Aix-Marseille) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Mr Utterson : moins hiératique qu’audacieux »

Le notaire de Jekyll dans The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde a été peu analysé par la critique. Personnage discret et hiératique, il est souvent passé sous silence au profit du dédoublement spectaculaire orchestré par Dr Jekyll. Pourtant, c’est à travers les yeux de ce personnage silencieux que se déroule la diégèse de ce court roman. Ses lectures, à commencer par celle du testament de Jekyll, vont progressivement révéler une audace insoupçonnée. L’ouvrage de Stevenson est en effet jalonné d’une quinzaine de textes, tous soumis à la l’étude d’Utterson. Devant un horizon d’attente perturbé par des documents dont la forme et la nature n’entrent plus dans les limites de sa connaissance, Mr Utterson transgresse ses attributions. Le questionnement qui l’anime va bientôt révéler, au-delà de la quête d’un certain Mr Hyde, l’audace d’un lecteur qui veut en découdre avec le texte.

 

Muriel Pecastaing-Boissière (Paris 4) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« La Conversion à la théosophie d’une figure emblématique de la libre-pensée et du socialisme victorien : Annie Besant’s ultimate “leap in the dark” ? »

De manière générale, les travaux occidentaux sur Annie Besant (1847-1933) se désintéressent de son parcours après sa conversion à la Théosophie en 1889. S’il y a recherche d’une cohérence intellectuelle entre ses combats, celle-ci ne va réellement que jusqu’à cette conversion, présentée comme une fracture, sans qu’un lien idéologique soit proposé entre elle et le matérialisme, le féminisme, et le socialisme d’Annie Besant. Cette conversion apparaît dès lors comme son ultimate ‘leap in the dark’, qui lui aurait fait perdre l’amitié et le soutien des milieux socialistes et libre-penseurs, sans lui rendre une respectabilité sérieusement écornée par ses précédents combats. Je propose de dépasser cette vision, afin de montrer que la conversion à la Théosophie d’Annie Besant n’est peut-être pas, pour elle comme pour son entourage idéologique, ce saut dans l’inconnu et l’irrationnel qu’il est aisé d’imaginer aujourd’hui. Pour cela, je souhaiterais tout d’abord souligner la cohérence du parcours d’Annie Besant, à l’aide d’une étude de ses écrits, car elle s’est longuement justifiée sur la logique de sa conversion à la Théosophie. J’aimerais dans le même temps recontextualiser cette conversion. En effet, si le contexte religieux et idéologique est bien établi quand il s’agit d’expliquer la perte de la foi d’Annie Besant puis ses choix politiques, le renouveau mystique de la fin de la période est encore trop peu étudié et souvent minimisé, par méconnaissance ou par préjugé.

 

Gilbert Pham-Thanh (Paris 13) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le gentleman impérial dans tous ses états : oser l’aventure du moi »

L’étude propose une analyse de quelques nouvelles de Rudyard Kipling plaçant des personnages britanniques dans des dispositifs exotiques exigeant de l’audace de la part de ces représentants de la masculinité. Le thème de l’aventure retient l’attention à plusieurs titres, mais en particulier parce qu’il questionne l’ordre social de la métropole, offre une image problématique du processus colonial et invite à repérer les procédures d’attestation de la masculinité, tout autant que la construction de leur insuffisance. En particulier, le regard britannique porté sur l’Autre sous-tend la narration, mais en retour, il doit affronter le regard de cet Autre, qui semble parfois disqualifier le sujet britannique dans sa prétention au statut de mâle dominant.

 

Charlotte Ribeyrol (Paris 4) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« "Shameless nakedness" : le corps exhibé dans la poésie et la peinture des Esthètes anglais »

Dans sa diatribe de 1871 contre la nouvelle école de la chair (« Fleshly School of Poetry »), Robert Buchanan s’offusque de la nudité impudique (« shameless nakedness ») exhibée dans les poèmes d’A.C. Swinburne, de D.G. Rossetti et les tableaux de S. Solomon. Buchanan stigmatise en particulier l’articulation entre érotique et esthétique à l’œuvre dans ces poèmes et tableaux où le corps semble éclipser l’âme, où la modestie victorienne cède la place à l’ob-scène, c'est-à-dire à ce qui devrait rester en dehors de la sphère de la représentation. À rebours de la pudeur naturelle louée par John Ruskin dans The Elements of Drawing, les Esthètes se jouent en effet des codes poétiques et picturaux, dévoilant de manière provocante des corps trop réalistes ou trop désirants pour « incarner » l’idéalité du nu classique. Il s’agira donc ici d’explorer ou plutôt de dévoiler ce jeu moderne entre « naked » et « nude » mais également entre artiste et modèle, qui se fait jour dans les poèmes et les tableaux des Esthètes dans les années 1860-1880.

 

Jean-Marie Yvard (Angers) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« “Oh you materialist !”: oser publier The Origin of Species ? »

A la fin des années 1830, Darwin a déjà conceptualisé les grandes lignes du mécanisme de la sélection naturelle, pilier de sa théorie de l’évolution. Pourtant, il ne publie son maître ouvrage, On the Origin of Species, que vingt ans plus tard, au moment où le jeune naturaliste Wallace menace de le doubler et de lui ravir la priorité de sa découverte. La raison pour laquelle Darwin a tant tardé à rendre publiques ses conceptions en matière d’évolution a fait couler beaucoup d’encre chez les historiens, biographes et commentateurs en tous genres. Les explications les plus couramment avancées ont évoqué les craintes éprouvées par Darwin devant les réactions possibles de la société de son époque, qu’il s’agisse de celles de ses collègues scientifiques, des autorités religieuses du moment ou, plus précisément encore, de celles de sa femme qui était restée plus pieuse et plus attachée que lui aux formes traditionnelles de spiritualité. Darwin a-t-il eu peur des implications matérialistes de sa propre théorie et est-ce que de telles craintes ont continué à le hanter par la suite, au point de l’amener à s’engager dans la voie d’un agnosticisme modéré et prudent plutôt que dans celle de formes plus virulentes et plus ostensibles d’athéisme qu’il n’aurait pas osé revendiquer plus ouvertement, de telles accusations ayant souvent été adressées aux agnostiques à l’époque ? Ou plus prosaïquement, Darwin a-t-il préféré écrire d’autres ouvrages qu’il avait commencé à rédiger afin d’exploiter les données accumulées durant son périple sur le Beagle ? Faut-il voir en lui un Galilée par anticipation qui aurait d’abord craint d’être persécuté par ses opposants, ou un scientifique avant tout soucieux de mener à bien d’autres tâches qu’il aurait eu d’abord à cœur de terminer ? Telles sont les principales questions auxquelles on souhaiterait s’intéresser dans cette contribution, les réponses qui peuvent leur être apportées étant intimement liées aux inflexions majeures de l’itinéraire spirituel et intellectuel de célèbre naturaliste et à l’interprétation qui peut en être donnée.

 

 

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