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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 3 - XVIIIème - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04

 

Elsa Albaric (Le Havre) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Altérité et identité dans Pompey the Little, 1751, de Francis Coventry »

Pompey the Little est une étude de mœurs de l’Angleterre du milieu du dix-huitième siècle. Dans cette satire, l’indispensable effet de miroir est créé par la présence d’un héros particulier. Il s’agit d’un petit chien d’origine italienne à qui il est donné de s’infiltrer dans toutes les couches de la société en passant de maître en maître. Ce héros est une figure de l’Autre parce qu’il n’est pas anglais, mais aussi parce qu’il n’est pas humain. Son statut de non-humain encourage par ailleurs ses maîtres à dévoiler davantage leur véritable identité, empreinte d’égoïsme et d’hypocrisie. La mascarade à laquelle se livrent les personnages relève toutefois souvent d’une tentative désespérée de sortir de leur carcan social en se donnant une autre identité. Leur langage traduit et trahit néanmoins leurs origines en les y enfermant. Il est la preuve pour le narrateur qu’un changement d’identité est illusoire, que l’Autre reste l’Autre.
Pompey, qui est au service du bon plaisir de ses maîtres, fait également, au même titre que les esclaves, figure d’objet pouvant faire office de monnaie d’échange. Son exotisme à caractère luxueux enrichit et valorise un temps l’identité de ceux qui le possèdent. Cependant la fréquence avec laquelle il change de mains semble témoigner d’une inquiétante et profonde instabilité du Soi chez les êtres humains qu’il côtoie et qui sont incapables d’établir une relation profonde et durable.

 

Nicolas Bourgès (Paris 4) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Vision(s) d’Adam chez William Law et Emanuel Swedenborg »

William Law (1686-1761) et Emmanuel Swedenborg (1688-1772) abordent de nombreux sujets liés au monde spirituel. Dès lors qu’il s’agit de placer l’homme dans la perspective eschatologique du salut, Adam occupe une place centrale dans l’exégèse. A quelques années d’intervalle, les deux hommes proposent leur vision de son rôle dans l’économie divine. Comment Law et Swedenborg jugent-ils Adam en tant qu’homme, mais aussi en tant que créature divine ? Dans quelle mesure est-il responsable de la transmission du péché dont seul le Christ peut libérer l’humanité ? A partir d’exemples tirés des œuvres de Law (An Earnest and Serious Answer to Dr. Trapp, An Appeal to all who doubt the Truths of the Gospel, The Spirit of Prayer) et de Swedenborg (Arcana Coelestia), on tentera de montrer qu’il existe nécessairement des points de continuité et de rupture entre leurs analyses, notamment imputables à deux manières de lire la Genèse.

 

Louisiane Ferlier et Bénédicte Miyamoto (Paris 7) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. et Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“Mapping London’s trade in cultural artefacts: case studies in Augustan religious booksellers and late Georgian picture-dealers”

We propose to give a joint presentation to map out London’s trade in cultural artefacts, in order to give a better definition of the profession of bookseller and picture dealer. Concentrating on the books, Louisiane Ferlier will show that if religious booksellers from 1695 to 1713 clustered around the main denominational edifices (St Paul’s Churchyard, Christchurch…), they nevertheless opened secondary addresses under the same sign in adjoining arteries. In addition to this expansion of addresses, those booksellers increasingly included profane works in their catalogues, enlarging their targeted audience. Bénédicte Miyamoto, focusing on paintings, will map out the various London venues selling art from 1768 to 1805, revealing three coherent professional hubs catering to different publics. While Covent Garden was solidly established as the painters and restorers’ quarters, upholsterers and cabinet-makers sold pictures wholesale from their Cornhill warehouses, while the newly licensed profession of auctioneers catered to the West End leisure gentlemen, in the vicinity of St. James’.
We will then discuss the neighbouring shops that vied for the attention of the book and picture buyers. Connecting buyers and sellers, we will conclude that market responses were not kept within the bounds defined by craft or denominations, since offers were increasingly tailored to meet the rapidly changing tastes and interests of the eighteenth-century reader or picture buyer.

 

Constance Lacroix (Valenciennes) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« De Fidelia à Galesia : les libertés génériques de la romancière jacobite Jane Barker. Enjeux d’une autocitation poétique »

En 1689 paraît sous les auspices du libraire Benjamin Crayle, Poetical Recreations: Consisting of Original Poems, Songs, Odes, &c. with Several New Translations (London: 1688), œuvre d’une coterie de poètes amateurs de Cambridge, et d’une jeune femme, Jane Barker, alias Galesia, dont les poèmes constituent la première partie du recueil. Comme jadis son modèle Katherine Philips, c’est avec surprise et mécontentement, à l’en croire, que la poétesse assiste à cette publication dont elle n’avait pas été avertie. La Glorieuse Révolution éclate quelques mois plus tard, et l’auteur, ardente catholique et héritière d’une lignée de fidèles royalistes, doit s’exiler en France à la suite de son bien aimé Jacques II.
L’adversité, lui apporte une nouvelle source d’inspiration. Malgré la quasi–cécité qui la frappe, elle donne à la communauté exilée la voix et le visage de la poétesse catholique Fidelia, figure centrale d’un premier recueil de poèmes manuscrits, « A Collection of Poems Refering to the Times » (Additional MS 21, 621), « a verbal rather than a poetical record » de l’histoire de son temps, empreints d’un catholicisme et d’un jacobitisme militants, offerts. Contrainte de retourner en Angleterre, sans doute pour échapper à la misère, elle rassemble un ultime recueil manuscrit une partie des poèmes de Poetical Recreations revus et corrigés, l’ensemble des textes offerts au prince de Galles, et une troisième série de poèmes également composés à Saint-Germain, et toujours bâti autour de la personne de Fidelia. Ce manuscrit tripartite, détenu aujourd’hui par la bibliothèque de Magdalen College, Oxford (MS 343).
C’est comme prosatrice et par le biais de l’imprimé, qu’elle renoue, une décennie plus tard avec l’écriture : outre un roman héroïque (Exilius or the Banish’d Roman, a Romance, 1714) et un traité de dévotion, elle entame avec Love Intrigues, a Novel, un cycle bâti autour de la figure de la poétesse misanthrope et conservatrice, Galesia, que l’ on voit tantôt en Angleterre tantôt à Saint-Germain. Après A PatchWork Screen for the Ladies et The Lining of the PatchWork Screen en 1723 et 1726, la romancière jacobite regagne Saint-Germain où elle s’éteint en 1732. Ponctués de poèmes le plus souvent adaptés des recueils manuscrits, qui font ainsi l’objet d’une ultime réécriture, la trilogie retrace les choix décisifs d’une existence féminine singulière et en marge du monde, image romancée et sélective de la vie de l’auteur.
Intimistes, ces textes qui interrogent les méandres de l’âme humaine et les chemins de la Providence semblent exempts de la véhémence partisane qui marque les poèmes manuscrits, comme de la charge politique subversive qui caractérise les fictions de ses contemporaines Delarivier Manley et Haywood. Associés à des rêves ou des visions, les nombreux fragments poétiques insérés dans les récits invitent toutefois le lecteur à en chercher le sens caché d’une histoire dont ils garantissent parallèlement la véridicité et l’authenticité, en offrant autant de preuves tangibles de la vocation de l’héroïne, d’archives d’un discours biographiques. L’insertion de ces vers à l’origine manuscrits et contestataires, illustre la perméabilité des limites entre sphères privées, semi-privées, et publique dans une période de transition culturelle et de reconfiguration socio-économique. Elle n’appelle pas seulement à s’interroger sur les modes d’expression indirects des minorités dans l’Angleterre du XVIIIe siècle : rencontre de deux modes de perception et de figuration du réel, l’interaction prose–poésie au sein des récits romanesques de Jane Barker participe aussi d’un travail de définition et de légitimation de la fiction narrative « réaliste » en prose, à une époque où l’émergence de nouveaux modes de production, de distribution et de consommation du discours littéraire suscite débats, polémiques et inquiétudes. Enfin, ce travail d’autocitation et d’auto-remise en perspective laisse entrevoir la dimension herméneutique et réflexive des textes-palimpsestes de Jane Barker, esprit créateur inquiet en quête d’un sens unificateur et transcendant pour l’Histoire et les histoires, tant individuelles que collective, tant fictive et inspirée, que réelle et vécue.

 

Carine Martin (Nancy 2) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« L’usage du burlesque dans les écrits de propagande anti-jacobite de 1745-1746 »

L’insurrection jacobite de 1745-1746 a donné lieu à une intense production d’articles, de brochures, voire même de chansons anti-jacobites en Angleterre. Parmi ces textes, un certain nombre présentent une dimension satirique certaine, souvent exploitée dans la veine burlesque. Qu’apporte la dimension burlesque à cette littérature de conflit ? La notion de burlesque, telle qu’elle a été définie par Fielding et par Bakhtine, sera utilisée pour étudier l’esthétique si particulière de ces textes agoniques pour la plupart sans grande valeur sur le plan financier ou artistique. L’utilisation de ce ressort littéraire à des fins politiques permet d’aborder le thème de la littérarisation du politique et de la politisation de la littérature.
Il s’agira, dans un premier temps, de délimiter l’usage du burlesque dans les écrits de propagande hanovrienne, cette dimension est-elle propre à la littérature anti-jacobite ou se restreint-elle à certains types d’écrits à l’intérieur de ce genre, ou bien encore est–elle circonscrite à une période particulière de l’insurrection ? Ensuite, les formes sous lesquelles s’expriment l’esthétique burlesque seront étudiées, que ce soit dans le style (parodie, caricature, rabaissement, violation des proportions naturelles) ainsi que dans les motifs utilisés (permutation haut / bas ou devant / derrière, mélange des plans hiérarchique, hétérogénéité des éléments). Parfois, des personnages incarnent cette dimension, comme le highlander sanguinaire, le catholique débauché ou bien la rebelle écossaise, une figure moins connue même si elle était fréquemment utilisée à l’époque. Enfin, la fonction de l’esthétique burlesque dans le discours agonique sera abordée. Les personnages masculins ont-ils eu une fonction différente de celle des personnages féminins ? De façon plus générale, l’attribution d’altérité que permet la dimension burlesque sera étudiée dans le contexte d’une insurrection où l’ennemi était avant tout endogène.

 

Céline Rodenas (Le Havre) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« L’Étranger et ses excès dans le roman gothique anglais à la fin du XVIIIe siècle »

La majorité des romans gothiques anglais du XVIIIe siècle a pour cadre des pays autres que la Grande-Bretagne elle-même, il peut s’agir en l’espèce de l’Espagne pour The Monk de Matthew Gregory Lewis ou pour certains passages de Melmoth the Wanderer de Charles Robert Maturin, de l’Italie pour The Castle of Otranto de Horace Walpole, pour The Italian, The Mysteries of Udolpho, ou A Sicilian Romance de Ann Radcliffe ou encore de la France pour The Romance of the Forest et The Mysteries of Udolpho. Ces pays qui ont en commun d’être des nations catholiques sud-européennes offrent un cadre opportun aux méfaits et aux excès des villains, seigneurs féodaux ou moines, représentants d’un pouvoir temporel ou bien spirituel qu’ils n’hésitent pourtant pas à déconsidérer lorsqu’il s’agit de succomber à leurs propres désirs. Influencés par une tradition anticatholique virulente mais aussi par d’autres courants de pensée, telle la théorie des climats, les romanciers gothiques opposent toujours les excès des pays du Sud et de l’Ouest et de leurs habitants à la relative modération dont ferait preuve, à leurs yeux, l’Angleterre du XVIIIe siècle. Bien qu’il fascine indéniablement les romanciers gothiques, l’Étranger dans son acception la plus large est également une source de peur, car ce territoire de l’inconnu est surtout un domaine où l’excès domine et où les règles ordinaires de bienséance n’ont plus cours. L’Étranger est en fait la région de l’étrange, celle où tout inquiète car échappant au domaine familier et rassurant du quotidien ordinaire.
Il s’agira ici d’étudier comment cette représentation fantasmée de l’étranger s’articule entre fascination et condamnation et de s’interroger sur le rôle que ces descriptions peuvent produire sur le plan politique à une époque de l’histoire où les événements révolutionnaires qui agitent la France, conduisent à l’instauration d’un climat d’angoisse et de paranoïa en Angleterre voisine.

 

Marie-Jeanne Rossignol (Paris 7) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« La New York Manumission Society 1785-1799 : de la volonté éclairée d’abolir la traite et l’esclavage aux difficultés du "vivre ensemble" »

Les papiers microfilmés de la Société d’émancipation de New York permettent de retracer les objectifs et les activités de ce groupe de militants antiesclavagistes. Dans cette communication, on se contentera de passer en revue les années 1785 à 1799, entre la création de la Société et le passage, sous la houlette du Gouverneur John Jay, un de ses anciens présidents, d’une loi d’émancipation graduelle des esclaves.
L’action des premières sociétés émancipationnistes nord-américaines a fait l’objet de peu d’études, car les historiens ont longtemps préféré conter la geste des associations abolitionnistes qui se développèrent aux Etats-Unis après 1830, dans le sillage du mouvement abolitionniste anglais, et qui réclamèrent une abolition « immédiate » de l’esclavage (sans l’obtenir). Pourtant des sociétés comme la New York Manumission Society furent créées à l’issue de la Révolution américaine dans un climat national et international extrêmement favorable, où les Etats-Unis donnaient l’exemple d’actions concrètes contre la traite et l’esclavage. La jeune nation américaine donnait espoir aux libéraux et radicaux européens (Price, Brissot, Condorcet) : les Lumières avaient dénoncé l’esclavage et l’Amérique s’en débarrassait. Effectivement, la Société de New York s’engagea, dès sa création par une soixantaine de notables, dans une série d’actions concrètes sur le plan local qui seront détaillées dans la communication elle-même.
Tout en libérant avec vigueur les Africains-Américains kidnappés, injustement maintenus en esclavage ou maltraités, ses membres passèrent de l’enthousiasme des premiers temps à l’inquiétude de la décennie 1790, quand la question du « vivre ensemble », de l’intégration des Noirs libres et libérés au sein d’une population majoritairement blanche, devint une source de préoccupation majeure. Si ce souci est bien connu, il est assez peu analysé par les historiens. Cette communication, qui se fonde sur la lecture des papiers de la Société, examinera les arguments et les stratégies élaborés par les militants pour poursuivre une action qu’ils conçoivent comme davantage politique que philanthropique, face à une opinion publique blanche de plus en plus rétive à l’intégration des libérés sur une base d’égalité. Dans ces conditions, la loi de 1799 n’augurait pas d’un avenir radieux, en dépit de l’émancipation qu’elle annonçait pour (presque) tous.

 

Sophie Soccard (Le Mans) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Catherine Trotter Cockburn et le concept lockéen de personne : l’explication créative au service de l’émancipation intellectuelle des femmes »

Les XVIIe et XVIIIe siècles anglais sont bien connus pour leur dynamisme philosophique. Pour autant, la part active prise par les femmes y fut longtemps sous-estimée. Dans la mouvance de l’épistémologie lockéenne, certaines femmes philosophes cherchèrent à faire fructifier l’héritage de la théorie de l’identité, s’engouffrant dans la brèche substantielle ouverte par John Locke tandis qu’il fondait le concept de personne sur un mode volontairement neutre.
Parmi elles, Catherine Trotter Cockburn, tout en s’employant à justifier les thèses de Locke, proposa une nouvelle lecture du concept de raison, qu’il fut lié à la connaissance du monde ou aux règles guidant l’éthique du comportement. Si sa défense de Locke ne tirait pas de conclusion féministe stricto sensu, la contribution de Cockburn souligna l’importance du débat sur l’identité et explora les possibilités offertes par Locke pour remettre en question les traditionnelles conceptions patriarcales.
S’appropriant progressivement le concept de rationalité qu’elle décline au féminin, Cockburn fournit un travail qui s’apparente à une explication créative de l’épistémologie empirique. Ce n’est là que le point de départ d’une enquête indépendante par laquelle Cockburn cherche à délivrer la pensée -les pensées- des certitudes arbitraires et, plus encore, de la tyrannie de la coutume. Forgée dans la discrétion, la plume de Catherine Cockburn est un outil qui puise sa détermination dans l’érudition ; les féministes de la fin du dix-huitième siècle sauront l’emprunter pour sculpter précisément les contours de l’émancipation féminine.

 

Claire Wrobel (Paris Ouest) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Entre politique et fiction : théories du complot à l’époque de la Révolution française »

Les théories du complot ont proliféré à l’époque de la Révolution française, en réaction à une série d’événements violents qui a constitué un défi interprétatif. Cherchant à pallier un vide explicatif, ces théories avaient pour but de réinstaurer de la rationalité dans le désordre, notamment en identifiant des auteurs dotés d’intentions, de stratégies et d’agents. Les auteurs se donnaient également pour but de mettre en garde leurs contemporains, le complot révolutionnaire aux aspirations universelles étant censé viser – entre autres - l’Angleterre. Ce travail s’intéresse aux théories développées par les opposants à la Révolution française, des deux côtés de la Manche, en s’appuyant principalement sur trois sources : les Charges to the Grand Jury des années 1790, les Proofs of a Conspiracy de l’Ecossais John Robison (1798) et, côté français, les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme de l’Abbé Barruel (1797), auteurs qui se lisaient voire se connaissaient personnellement.
L’objet de cette communication est tout d’abord d’identifier le fonctionnement d’un discours, commun à ces auteurs, que l’on pourrait qualifier de paranoïaque. Les complots identifiés peuvent varier dans leur composition mais une même structure apparaît : identification d’une généalogie, recherche d’une causalité extrême, refus de l’aléatoire, tentative d’épuiser le phénomène révolutionnaire (que l’on pourra qualifier de « pan-déterminisme »). Certains réseaux métaphoriques circulent d’une œuvre à l’autre : ceux de l’inondation, de la dissémination, de la contagion et de l’empoisonnement. Les auteurs de théories du complot tendent enfin à entretenir un rapport ambigu à la vérité, censée pouvoir être atteinte par une reconstruction rationnelle, une historiographie patiente et minutieuse qui explique la prolifération du discours, notamment dans le cas de Barruel. Cependant cette voie est parfois abandonnée brutalement au profit d’une révélation, mise en scène comme dévoilement ou tomber de masque. Or ce rapport ambigu à la vérité caractérise également un autre discours qui prolifère dans les années 1790 : le roman gothique.
Il s’agit en effet aussi de mettre en évidence un phénomène de contamination entre deux régimes discursifs a priori distincts : ces théories cherchant à empêcher la contagion révolutionnaire et les romans gothiques qui, ironiquement, étaient accusés par certains d’entretenir la flamme révolutionnaire, sinon d’avoir causé le soulèvement français. Comment rendre compte de cette intertextualité ? Elle n’est pas le fruit du hasard et peut être expliquée par les sources de ces auteurs, leur stratégie et l’herméneutique qu’ils poussent leurs lecteurs à mettre en place. Tout d’abord, les auteurs de théories du complot comme les auteurs gothiques s’abreuvaient aux mêmes sources, en l’occurrence des sources germaniques : tout un imaginaire de la secte et du tribunal secret, développé en particulier autour de la secte des Illuminés de Bavière, dont un complot avait été déjoué au début de années 1780. D’un point de vue stratégique, les années 1790 ont été marquées par une querelle de pouvoir sur ce qui est gothique, obscur et rétrograde, chaque parti essayant de « gothiciser » son adversaire. Cette stratégie apparaît aussi bien dans la polémique qui a entouré les Reflections on the Revolution in France de Burke que dans les théories du complot examinées ici. Barruel mobilise cette rhétorique gothique pour associer les sociétés secrètes à l’obscurité, au souterrain et à la manipulation. Enfin, théories du complot et romans gothiques appellent leurs lecteurs à mettre en place un même mode de lecture : une « poétique de la conspiration » qui cherche à lire au-delà des apparences pour y détecter la présence présupposée du mal.
En dernière instance, la confrontation entre ces différents textes amène à interroger la notion même de « fiction » qui déjà au XVIIIe siècle ne renvoyait pas uniquement aux productions littéraires.

 

 

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