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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 22 - Traductologie - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04

Elsa Albaric (Amiens) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Retraduire au XXIe siècle The History of Pompey the Little, or the Life and Adventures of a Lap-Dog (1751) de Francis Coventry »

Pompey the Little (1751) connaît un énorme succès en Angleterre, faisant l'objet de plusieurs éditions pendant un demi-siècle. Le succès s'étend aussitôt à toute l'Europe, où l'histoire est traduite jusqu'à la fin du XVIIIe siècle en français, en allemand, en italien, en russe et en suédois. Cette satire de mœurs qui est l'œuvre d'un auteur éphémère (1725-1754) a pour trame les pérégrinations d'un petit chien passant de maître en maître, pérégrinations qui permettent au narrateur de brosser des portraits nombreux et variés de la société contemporaine.

La traduction française de François-Vincent Toussaint, en 1752, est une traduction plutôt satisfaisante de la satire de Francis Coventry. En effet, elle se révèle fidèle à l'esprit ainsi qu'à la lettre du texte, à quelques exceptions près. Le traducteur se met en scène au même titre que le narrateur du texte original. Il se livre à des transpositions pertinentes par souci de connivence avec son lectorat français. Il s'agit d'une belle interprétation, dans le sens où le traducteur parvient réellement à s'approprier le texte. Cependant, si en ce début de XXIe siècle la traduction de Toussaint reste une bonne traduction, elle semble être plus représentative de la société française que de la société anglaise du XVIIIe siècle. Car si un texte original peut être intemporel, une traduction s'adresse toujours à un lectorat donné, à un moment donné, de sorte qu'elle vieillit avec le temps. Une nouvelle traduction semble donc s'imposer, qui d'une autre façon doit faire face aux difficultés induites par les siècles écoulés.

 

Julie Arsenault (Montréal) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« La traduction française de The House of the Seven Gables d'Old Nick est-elle toujours actuelle ? »

En 1865, alors qu'il est sur le point de terminer sa carrière de critique littéraire, d'auteur, d'éditeur et de traducteur, Old Nick propose au public de langue française une de ses dernières traductions, celle de The House of the Seven Gables de Nathaniel Hawthorne. Cette traduction est sa seule autre traduction de l'une des œuvres de l'auteur américain qu'il admire et qu'il a lu dans son intégralité, et elle survient plus de dix ans après celle de The Scarlet Letter.

Dans le cadre de notre communication, nous tenterons d'établir si la traduction d'Old Nick est toujours actuelle. Pour ce faire, nous procéderons à une évaluation historique de la Maison aux sept pignons, c'est-à-dire nous tâcherons, lorsque nous en ferons l'analyse contrastive, de la replacer dans son contexte historique et de voir comment l'histoire s'inscrit dans le texte. Cette analyse nous permettra de constater si le texte a été traduit dans son intégralité, sans rien omettre ni rien ajouter, et de relever les modifications apportées.

 

Frédérique Brisset (Orléans) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Anthroponymes en traduction audio-visuelle : who's who ? »

Le traducteur « est conduit à faire des 'concessions' au public, précisément parce qu'il s'est donné pour horizon le public » écrit Antoine Berman. C'est l'un des constats récurrents émis à l'encontre du doublage cinématographique, pratique traductive destinée à un public de masse. Mais l'horizon peut se définir à la fois comme « limite circulaire de la vue » et comme « perspective », combinant dès lors paradoxalement les concepts de fermeture et d'ouverture.

Dès lors, l'horizon d'attente présupposé du spectateur étranger conditionne-t-il les choix traductifs ou offre-t-il au contraire de nouvelles perspectives de lecture du film, de son scénario, de ses personnages ? Les exemples d'anthroponymes extraits des VO et VF doublées de Woody Allen, désignateurs d'un horizon sociologique à la fois fictionnel et extra-linguistique, éclairent cette problématique. Car son cinéma, de conception fortement littéraire, met en scène un microcosme où onomastique et référents culturels sont souvent les marqueurs d'un véritable code social, que le spectateur de la version doublée doit pouvoir déchiffrer in fine.

 

Guillaume Coatalen (Cergy-Pontoise) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Les traductions françaises des lettres de la reine Elisabeth Ière par ses secrétaires et traducteurs »

Les ressources immenses des State Papers contiennent de nombreux exemples de lettres de la reine Elisabeth Ière d'abord rédigées en anglais à l'aide d'abréviations et de simples notes résumées, souvent de la main de Burghley, son secrétaire, puis traduites en français. Le cas n'est pas unique au français, car les lettres italiennes proviennent elles-aussi souvent d'une source anglaise. En revanche, dans le cas de lettres autographes en français, la reine écrit directement dans la langue étrangère, comme elle peut le faire en italien.

Nous proposons d'analyser la pratique de la traduction de l'anglais en français, dans la correspondance diplomatique de la reine, et de contribuer ainsi à l'histoire de la traduction de l'anglais en français en Angleterre, champ d'études relativement vierge, car l'inverse est évidemment beaucoup plus fréquent. La comparaison avec des ouvrages anglais, épistolaires ou non, traduits en France devrait être fructueuse.

Préalablement, nous ferons le point sur les différentes théories et pratiques de la traduction ayant cours sous le règne d'Elisabeth, notamment sur l'influence de la traduction du latin en anglais et vice-versa. Puis nous mesurerons l'écart entre la source anglaise et la version définitive française. Enfin nous verrons s'il existe des différences frappantes entre les lettres autographes en français de la reine et ces lettres traduites de l'anglais.

 

Alice Defacq (Angers) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Traduction ou adaptation des titres de comédies musicales »

De nombreux ouvrages consacrés à la comédie musicale s'accordent à dire que Show Boat, de Jerome Kern (créé en 1927), est la première comédie musicale de l'Histoire. C'est un genre qui inclut à la fois du dialogue et des numéros musicaux. Après un succès florissant aux Etats-Unis, les comédies musicales de Broadway s'exportèrent en Europe, dont en France. Le pays fut amené à les adapter dans sa langue, le français en l'occurrence. Ainsi, nous proposons de faire une communication sur la gestion des titres par les adaptateurs français. Cette gestion renferme à la fois les titres des livrets, ceux qui servent à nommer les comédies musicales et qui sont sur les affiches, mais aussi les titres des chansons, ceux qui sont inscrits dans les programmes distribués aux spectateurs dès leur entrée dans la salle. Notre communication portera donc sur les comportements des adaptateurs lorsque ces derniers se heurtent à ce parasite de traduction qu'est le titre. Nous centrerons notre présentation autour de neuf comédies musicales : nous partirons d'Annie Get Your Gun (1949) pour terminer sur Sweeney Todd. The Demon Barber of Fleet Street (1979) en passant par Cabaret (1966), Chicago (1975), Fiddler on the Roof (1924), Hello, Dolly! (1964), Man of la Mancha (1965), Nunsense (1985) et The Sound of Music (1959). Nous découvrirons que face aux titres des livrets et des chansons, des adaptateurs prendront la décision de les conserver, de les traduire littéralement voire même de les adapter. De nombreuses contraintes culturelles et esthétiques, mais aussi rimiques et syllabiques seront à l'origine de ces choix traductologiques.

 

Ronald Jenn (Lille 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« De la pseudo-traduction »

En matière de traductologie, l'heure est aux décentrements, à une prise en compte globale des phénomènes traductifs qui permettrait d'en mieux cerner les enjeux. C'est ainsi qu'il y a un intérêt croissant pour la façon dont l'activité de traduction est, ou a été, appréhendée par les cultures autres qu'occidentales. C'est donc vers les confins que l'on part à la recherche d'occasions d'embrasser des points de vue différents. Or, les marges, la périphérie, c'est non seulement les territoires et les cultures qui s'ouvrent géographiquement dans un contexte de mondialisation, mais c'est également les territoires jusqu'ici considérés comme marginaux par la traductologie elle-même.

S'il fallait établir une gradation dans la cartographie de la traduction, on serait tenté de penser que la pseudo-traduction couvre un territoire plus lointain que l'auto-traduction par exemple. Tout, dans la pseudo-traduction, semble en effet la confiner aux marges : considérée comme simulacre, elle est réputée n'impliquer aucun transfert linguistique et son statut marginal n'est-il pas représenté de façon iconique voire emblématique par son confinement supposé au seul paratexte ? Ethiquement, la pseudo-traduction est méjugée car elle relève d'une esthétique en trompe-l'œil qui abuserait de la naïveté du lecteur ce qui lui valut longtemps d'être en butte à des préjugés d'ordre moral. Pourtant, il serait faux de dire que la pseudo-traduction a moins à voir avec la traduction que l'auto-traduction car la différence entre les deux ne saurait se réduire à la seule compétence langagière. Par ailleurs, les définitions proposées jusqu'ici sont-elles vraiment opératoires et permettent-elles de rendre compte de tous les cas de pseudo-traduction ?

 

Michaël Oustinoff (Paris 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« La centralité des Translation Studies et ses conséquences pour l'enseignement et la recherche »

Naguère périphérique dans le champ universitaire voire intellectuel, la traduction et, par voie de conséquence, la traductologie occupe désormais une position centrale. Ce n'est plus un plaidoyer que l'on pourrait soupçonner d'être pro domo : c'est une constatation qui nous parvient d'autres disciplines, non pas émergentes ou récentes, comme les Translation Studies, mais de l'ensemble des sciences humaines, voire des sciences dites « dures ». L'historien Peter Burke (Cambridge) résume la situation on ne peut plus clairement : « History deserves a large place in Translation Studies and [...] studies of translation deserve a large place in history. [...] Translation is actually central to cultural history » . Cette centralité nouvelle n'est pas sans poser des problèmes majeurs, aussi bien sur le plan de la recherche que de l'enseignement. C'est à ces questions, en se plaçant du point de vue de l'anglistique, que l'on tentera d'apporter quelques réponses.

 

Bruno Poncharal (Paris 7) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Traduction et relativité linguistique »

Il ne s'agit pas ici de rouvrir une nouvelle fois le débat autour de ladite « hypothèse Sapir-Whorf », mais de tirer les conséquences théoriques de certains problèmes de traduction (en l'occurrence de l'anglais vers le français) notamment touchant les phénomènes aspectuels et de construction du point de vue (subjectif).

Ainsi, pour prendre l'exemple le plus évident, dans certains contextes il n'est pas possible de décider s'il vaut mieux traduire le prétérit simple anglais par un passé simple ou un imparfait en français. Cette difficulté est bien connue. Mais ce qui a plus particulièrement retenu mon attention, c'est le fait que les étudiants de traduction francophones confrontés à ces occurrences de prétérit diront fréquemment qu'elles sont « ambiguës », ou bien « équivoques », exprimant ainsi leurs hésitations entre passé simple et imparfait dans la traduction en français. Je leur explique alors que cette prétendue « ambiguïté » n'a de réalité que parce qu'ils se situent du point de vue de leur langue natale. En effet, pour un anglophone lisant le passage en question, les occurrences de prétérit incriminées passeront inaperçues ; il s'agit d'une seule et unique forme qui n'est pas ambiguë en soi ; il vaudrait mieux parler alors d'indétermination, ce qui est bien différent.

Il me semble que nous avons là, de la part de nos étudiants, l'illustration de ce que dit Quine au sujet de son linguiste-traducteur dans le cadre de la « traduction radicale », qui ne peut faire autrement que projeter les schèmes conceptuels de sa langue propre sur la langue dont il cherche à établir le manuel de traduction. Ce qui le conduit à la thèse du relativisme ontologique.

Du même coup cette mise en regard des deux langues semble renvoyer à une régression à l'infini, une sorte de mise en abyme, qui interdit toute construction d'un référentiel (repère) absolu – si ce n'est en recourant, par exemple, à l'hypothèse du mentalais (mentalese), langage de la pensée, universel donc.

Nous croiserons des concepts empruntés à la linguistique et à la philosophie du langage afin de souligner le fait que la traduction constitue une porte d'entrée privilégiée dans la question du langage et du sens.

 

Mireille Quivy (Rouen) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Les avatars de la traduction de with en français : Avec... ou sans »

Cette communication est fondée sur l'analyse traductologique des 931 occurrences de with dans Far from the Madding Crowd. Elle vise à dégager un gradient dans la traduction de la préposition, en français, dans ses divers contextes d'emploi. Les opérations en jeu nécessitent le plus souvent la reformulation, l'étoffement, la métaphorisation, la modulation, mais peuvent également conduire à l'effacement total du lien posé par with.

Nous tenterons de regrouper ces divers emplois en fonction du contexte syntaxique aussi bien que sémantique, afin de mettre au jour certaines constantes d'apparition de with.

Nous examinerons à cet effet, entre autres, les notions d'appartenance, intrinsèque et extrinsèque, de lien, plus ou moins lâche, entre le complément prépositionnel et le segment qu'il complémente, de valeur aspectuelle éventuelle, ainsi que les constantes et différences de codification de ces valeurs entre les deux langues.

Nous verrons enfin si l'utilisation faite de la préposition with est inhérente à une écriture particulière ou si elle est caractéristique d'opérations traductologiques dépassant ce cadre, régies qu'elles seraient alors par une typologie particulière où la variable cèderait le pas à l'invariant.

 

Emmanuelle Roux (Poitiers) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« "sans owte" : la -traduction médiévale au service de l'évolution de l'anglais »

La Somme le roi du frère Laurent a été traduite dans plusieurs langues vernaculaires dont le moyen anglais. Cinq de ces traductions ont pâti de la remarquable édition d'une autre de ces traductions par W. Nelson Francis en 1942 : celui-ci entreprit de comparer la qualité des six traductions pour élire la meilleure, et livra des conclusions peu flatteuses à l'encontre des autres.

Une erreur de traduction, au sens moderne du terme, s'appuie sur un dictionnaire, sur la connaissance des cultures engagées dans le processus etc. Mais peut-on porter un tel regard sur des traductions rédigées aux 14ème et 15ème siècles?

Après avoir édité quatre de ces traductions, je souhaite répondre à cette question et nuancer les propos de Francis : il jugea certains passages (et l'anglais) trop 'French, plain, crude...', mais ces -traductions sont en fait l'essence même de chaque manuscrit, à une époque où le fait d'inter-langue ne peut être évité, et se veut même valorisant.

 

Julie Tarif (Angers) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Traduire et retraduire Oliver Twist ou comment perdre, en partie, puis retrouver, dans une certaine mesure, le sens de l'humour dickensien »

L'humour, il va sans dire, est une des pierres angulaires de la prose de Charles Dickens. Pourtant, les traductions initiales mettent à mal certains ressorts de l'humour dans Oliver Twist, notamment l'ironie et le grotesque. Nous remarquons, en effet, une remise en cause dans ces traductions de l'éloge ironique, ainsi que de certaines formulations grotesques confinant au non-sens (mais pas au « nonsense »). Ces traductions font, pour ainsi dire, écran au sens de l'humour original, puisqu'elles visent à protéger la logique et la cohérence du texte traduit. Après avoir étudié les différentes stratégies mises en place à cet effet, notre analyse mettra en regard ces traductions initiales avec certaines retraductions, dont il est clair qu'elles permettent de retrouver le sens de l'humour du texte source. Pourtant, si tant est que la fidélité à l'humour dickensien soit possible, sa fonction comique est, semble-t-il, vouée à l'échec d'un point de vue culturel dans un pays comme la France, « a notoriously humourless nation », une nation dans laquelle l'humour dickensien ne ferait pas sens. Il s'agira donc finalement de dégager dans quelle mesure, selon certains universaux posés par Henri Bergson, cette transposition de l'humour dickensien pourra prendre tout son sens.

 

Joachim Zemmour (Bordeaux 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Traduire les "lieux imaginaires" en littérature fantasy : le problème des topographies, des faunes et des flores inventées dans le cycle "Corbeau" de Patricia Briggs »

De par sa nature même, la littérature fantasy est source de mille inventions: d'univers, de mythologies, ou de bestiaires, avec les mots (plus ou moins exotiques) qui les désignent. Qu'il s'agisse d'autres planètes, d'autres peuples, d'autres cultures – voire d'autres langues – ce rôle essentiel du néologisme, constitutif de ce nouveau genre littéraire, pose un défi à la traductologie. Dans ce monde ultra-scientifique où le cinéma et les littératures dites « de l'imaginaire » ont, paradoxalement, connu un essor fulgurant depuis une décennie – gagnant en popularité comme en littérarité – quelle posture doit adopter le traducteur chargé d'« adapter » de telles œuvres (majoritairement d'origine anglophone) en français?

En amorçant une réflexion sur l'origine du néologisme en fantasy (et d'une certaine manière, sur l'origine de ce genre littéraire taxé à tort de « sous-genre »), je me concentrerai sur ma propre traduction de la série « Corbeau » (Raven) de l'auteure de high fantasy américaine Patricia Briggs – cycle paru aux éditions Bragelonne/Milady – afin de cibler la nature et l'enjeu des néologismes dans cette œuvre, et éventuellement de suggérer des stratégies de traduction relatives à l'adaptation des mots inventés dans les romans de SF/fantasy.

 

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