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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Atelier 25 - Etudes sur les femmes, le genre et le sexe - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04

Chantal Arlettaz (Nice) –

« Stratégies de survie et re-naissance dans The Fire-Dwellers de Margaret Laurence »

Cette communication porte sur The Fire-Dwellers (1969), le troisième roman du Cycle de Manawaka de Margaret Laurence (1926-1987), et se propose d'analyser les stratégies mises en oeuvre par la romancière canadienne pour fictionnaliser la lutte de la femme à la recherche de son identité et de sa liberté.
Après avoir rappelé le choix original du personnage principal, Stacey, opposé aux stéréotypes féminins de la fiction (mère de famille de trente-neuf ans, simple femme au foyer - une « anti-héroïne » en quelque sorte), nous examinerons, dans un premier temps, les assauts quotidiens des médias et du monde extérieur dépeint comme violent, hostile et effrayant, dans lequel se situe le roman, renforcés par l'enfermement intérieur de la protagoniste et la perception fractionnée qu'elle a de son identité, ces conditions étant reflétées par une structure narrative complexe et morcelée. Nous analyserons ensuite différents modes d'évasion - refuge dans la passé et dans l'imaginaire, recours à la dérision comme mode de défense - ainsi que les jeux du même et de l'autre, qui conduisent à une manière de re-naissance à travers deux épisodes décisifs : une remarquable scène de miroir associée à la danse et enfin la rencontre avec l'autre, sous forme d'expérience sexuelle décrite en termes d'initiation symbolique. Se pose, cependant, la question de l'aboutissement de la quête, perçu par le lecteur comme ambigu et problématique.

 

Anne Bandry-Scubbi (Strasbourg) –

« Re-naissance de et chez Eliza Haywood »

La réhabilitation d’Eliza Haywood est en cours depuis le début des années 1990. Désormais perçue comme une des « mothers of the novel », ses œuvres font maintenant partie du « canon » du XVIIIe siècle, avec une quinzaine d’articles critiques par an recensés dans la bibliographie MLA depuis le volume d’essais publié en 2000, The Passionate Fictions of Eliza Haywood (Kirsten T. Saxton & Rebecca P. Bocchicchio eds, UP of Kentucky). On s’interrogera sur les raisons de cette redécouverte d’un auteur, notamment dans la perspective de Patricia Meyer Spacks, Novel Beginnings : Experiments in Eighteenth-Century Fiction (Yale UP, 2006), puis sur la manière dont on peut situer ses œuvres de fiction par rapport à d’autres histoires de femmes, dans une logique de corpus et d’analyse textuelle assistée par ordinateur.
Un corpus composé de Love in Excess (1719), Anti-Pamela (1741), Betsy Thoughtless (1751) et Jemmy and Jenny Jessamy (1753) ainsi que de Moll Flanders et Roxana, Pamela, Memoirs of a Woman of Pleasure, The Female Quixote, Evelina, Cecilia, Emma permet de mettre en perspective un débat de la critique haywoodienne : après les récits galants des années 1720, « bodice ripers » et bestsellers, son retour à la fiction avec des « romans de développement » dans les années 1750 est-il une renaissance, qui s’explique entre autres par l’utilisation du succès de Pamela, ou la continuité est-elle plus forte que la rupture ?
Enfin, la re-naissance sera aussi considérée comme un thème dans ses récits, puisque les femmes qui transgressent les règles de la décence ne sont pas systématiquement anéanties (“Even women are not always punished, or punished ambiguously, for sexual expression” Spacks, Novel Beginnings, 38) : “The British Recluse ; or The Secret History of Cleomira, Supposed Dead” (1722) et Fantomina (1725) en fournissent des exemples. Le remariage de Betsy Thoughtless dans le roman éponyme peut-il être mis sur le même plan ?

 

Françoise Barret-Ducrocq (Paris 7) –

« Pour une méthodologie de la recherche sur les femmes, le sexe et le genre en études anglophones : reconsidérer les sources »

Le succès grandissant des études de genre dans toutes les disciplines, dont cet atelier est la marque, justifie une élucidation de la méthode retenue et des sources sur lesquelles elles se fondent.
Par delà la distinction devenue traditionnelle entre littérature, civilisation et linguistique en études anglophones, notre analyse visera, d'une part, à interroger les notions fondamentales que sont les sources primaires et/ou sources secondaires et, d'autre part, à distinguer entre les diverses perspectives sous lesquelles il est possible d'aborder/d'interpréter ces sources que ce soit l’approche historique (histoire des mœurs, histoire sociale, histoire des idées), l’approche sociologique, l’approche anthropologique, l’approche psychanalytique…
Les classifications qui seront proposées ont pour visée d’ouvrir une réflexion et un débat appelés à se poursuivre au cours de nos prochaines rencontres, à renaître tous les ans, espérons-le, à travers les expériences et les interrogations des différents participants et participantes de notre atelier.

 

Florence Binard (Paris 7) –

« Pour une traduction bon genre : comparaison des guides francophones et anglophones de langue non-sexiste »

Une brève comparaison des guides officiels d'aide à la rédaction d'une langue non-sexiste en anglais et en français fait apparaître des stratégies féministes apparemment opposées. L'approche francophone met l'accent sur une féminisation de la langue tandis que l'approche anglophone consiste principalement à neutraliser le « masculin générique ». Cette divergence est essentiellement due à la structure de ces deux langues. Le français ne possédant que deux genres grammaticaux - le féminin et le masculin – il est mal aisé mais néanmoins pas tout à fait impossible de « dé-genrer » ou de « neutraliser » la langue en référence aux personnes humaines. En revanche, dans la mesure où l'anglais dispose de trois genres grammaticaux applicables aux êtres humains - she/he/they – une « dégenrisation » linguistique des sexes est possible sans pour autant éliminer toute « genrisation ».
L’objet de cette communication sera d’apporter des pistes de traduction du genre/sexe social en anglais et en français, en particulier pour ce qui concerne sa détermination ou non-détermination grammaticale et d'autre part de faire naitre, au sein de la SAGEF (Société Française d'Études Anglophones sur les Femmes, le Sexe et le Genre), une réflexion liant théories féministes et langue.

 

Eddy Chevalier (Paris 11) –

“Awakening Peyton Place

“Indian summer is like a woman.” With its very first words, Peyton Place unabashedly feminized the world. Grace Metalious, the woman who wrote this scorching, scandalous yet forgotten page-turner, was known as Pandora in blue jeans and it is high time someone reopened Pandora’s Box. Her private life as well as her infamous novel made a point quite at odds with the “feminine mystique” of the Fifties. She was the original Desperate Housewife, as it were: she would spend the day writing instead of taking care of her children and she felt miserable about her female condition. Her brain-child was even more outrageous than her and Peyton Place rocked the boat of the not so placid Fifties. Her rambunctious novel showed a distorted image of America: her characters are grotesque monsters ogling and spying on each other. It is no wonder Peyton Place sparked a firestorm of controversy: it unveiled the dark side of America. The return of the repressed is therefore a fundamental dynamic of Grace Metalious’s narrative. It most certainly opened a can of worms and the unfit mother was seen as what Stanley Cohen has called a “folk devil,” a modern day pharmakos. Containment was the dominant ideology at that time and Grace Metalious was the enemy within for she had dared to debunk America’s sacrosanct purity in a lowbrow novel. She had sabotaged Puritanism. America had to reclaim its rights and so it did: the movie adaptation of Peyton Place sanitized the book and a ghost-writer was hired to pen the sequel she could not finish. Just like Elvis Presley, nicknamed Elvis The Pelvis because of his lascivious pelvis thrusts, was shot “from the waist up only” on his third appearance on the Ed Sullivan Show, the novel was re-vamped and desexualized before it became a prime time soap. Grace Metalious has now almost fallen into oblivion and her novel now languishes in obscurity. In France, for instance, it has been out-of-print for decades. This story rings a bell: Kate Chopin’s The Awakening, now considered a classic and a landmark work of early feminism, lay dormant for many years before it was brought to center stage by feminist criticism. The Awakening and Peyton Place are akin: their characters are American Madame Bovarys desperately in need of a raison d’être. Mackenzism should therefore enter the vernacular of feminine emancipation next to Bovarysm and Pontellierism. Both novels feminize nature, rooting their narratives into primeval matriarchy and heralding a new era of free-flowing sexuality. Peyton Place was more than a slap in the face of public taste; it was a kick in the groin of the American male. 

 

Lauren Elkin (Paris 7) –

“(Self-)Portrait of the Artist as a Young Journal-Keeper: Susan Sontag and Alix Roubaud”

In my paper I examine the early journals Susan Sontag and the photographer and writer Alix Roubaud, and the way these women use the tropes of rebirth and death to articulate their struggle with becoming the writer, critic, and artist they envision themselves becoming, and the way that becoming is situated irrevocably inside of time.
“Everything begins from now-- I am reborn” (34). Sontag is referring, here, to a coming-into-being of herself as a lesbian, having shed the sense of guilt that (she tells us) previously accompanied this knowledge of the scope of her desire. Having just been accepted to the University of Chicago, Sontag saw that the great adventure of her life was about to begin. Nevertheless, she understood her intellectual strengths as insufficient, as long as the physical side of her life was wanting. The relationship between the mind and the body is co-productive for Sontag, as these journals show.
In May 1980, Roubaud noted in her journal “Photography is a future perfect being endlessly ripped out.I mean by this the practice of taking daily photographic self-portraits ,a practice which has to be renewed every single day” (51). Both writers conceive of the nature of their artistic work in temporal terms. Both writers make the connection between the becoming and the body; both are obsessively attentive to their physical states (for example, both worry again and again about not washing their hair enough) and the effect of aging on their appearance. Both take advantage of the journal form to adopt alternative modes of expression: Sontag through obsessive lists; Roubaud through intensely idiosyncratic punctuation and spacing.
Sontag, however, feels sure she is at the beginning of a triumphant career, whereas Roubaud feels the presence of death at all times, and does, tragically, die of a pulmonary embolism days after the last diary entry, when she was thirty-one years old. Through journaling about their extensive reading, theorizing about their crafts, and intensely cataloguing their physical experience of themselves, Sontag and Roubaud produce textual visions of the woman artist continually in formation.

 

Stéphanie Gourdon (Lyon 2) –

« Le récit de voyage d’Helen Maria Williams, ‘A Tour in Switzerland’ (1798) : naissance, re-naissance et survivance d’une écriture »

Ce titre interroge les écritures pionnières des femmes au XVIIIe siècle, époque d’ouverture intellectuelle et de développement économique qui offrit aux minorités la possibilité de faire entendre leurs voix et de publier leurs productions. Auteur de la deuxième moitié du siècle, Helen Maria Williams s’exprima d’abord par le biais de genres littéraires « autorisés » aux femmes (la poésie et le roman), et évolua vers une forme plus hybride qui la rendit célèbre : la « lettre-témoignage », pour aboutir à un genre à bien des égards singulier : le récit de voyage. Cette forme était peu exploitée par les femmes : entre 1770 et 1800, seulement une vingtaine d’ouvrages de ce genre furent publiés en Angleterre. A cela s’ajoute l’étonnante distanciation de A Tour in Switzerland : Helen Maria Williams était Anglaise et posa un regard « étranger » sur la France révolutionnaire où elle résidait. Pour échapper aux menaces de Robespierre, l’auteur effectua un voyage en Suisse en 1794 et tint un journal qu’il remania et publia en 1798, au moment où la France envahit ce pays voisin. En établissant notamment un bref parallèle avec le récit de voyage de Mary Wollstonecraft, Letters Written from a Short Residence in Sweden, Norway and Denmark (1796), on considérera en quoi l’écriture de A Tour in Switzerland rend la femme-auteur de cette période plus « visible ».
Ce projet de communication interroge également plus largement la responsabilité universitaire face à un héritage. La critique féministe a pendant vingt ans « exhumé » des textes d’auteurs féminins du XVIIIe siècle que les époques suivantes avaient discrédités puis oubliés ou que la tradition critique moderne avait mis au banc. Alors que certains constatent un essoufflement des travaux féministes, la question de la survivance des textes se pose. On peut donc réfléchir au devenir d’auteurs importants telle Helen Maria Williams, qui furent assez peu étudiés et qui restent dans l’ombre d’écrivains féminins devenus majeurs, grâce à la critique féministe notamment, telle Mary Wollstonecraft.

 

Alexandrine Guyard-Nedelec (Paris EHESS) –

« Re-naître par le droit ou le droit à re-naître »

Nombreuses sont les femmes qui, en Angleterre, se tournent vers les professions juridiques de manière tardive, après un autre parcours professionnel. Cette communication vise à explorer les effets de re-naissance que revêt ce choix d’une nouvelle voie. Ces femmes aspirent-elles à re-naître par le droit ? Quelles sont les raisons qui sont à l’origine de ce changement de trajectoire ; sont-elles particulièrement liées au genre ?
La réflexion tiendra également compte de cette question connexe : les professions juridiques donnent-elles à ces femmes, à ces late bloomers, le droit à renaître ? Si oui, on s’interrogera sur le prix à payer pour une telle re-naissance et sur les obstacles à franchir dans un contexte professionnel dans lequel l’intersection de l’âge et du sexe pose problème en raison des normes patriarcales qui y sont à l’œuvre de manière singulièrement vivace.
Il s’agira également, à l’aide de l’exploitation d’une enquête de terrain, d’envisager la manière dont le prisme de l’intersectionnalité peut venir modifier ces effets de re-naissance, par l’ajout d’autres variables telles que le handicap, l’origine et l’orientation sexuelle.

 

Marianne Kac-Vergne (Paris 1) –

« Le New Man dans les comédies romantiques des années 1990 : la renaissance des hommes ou la disparition des femmes »

Le New Man est apparu dès la fin des années 1970, dans la foulée du « mouvement de libération des hommes » en quête d’un nouveau modèle de masculinité plus proche de ses émotions et en rupture avec un modèle traditionnel perçu comme oppressant aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Quelque peu éclipsé par la rhétorique virile au cœur du discours reaganien et des représentations cinématographiques des années 1980, le New Man « renaît » dans les années 1990, accompagné par le développement des études universitaires sur la masculinité au sein des men’s studies. Ainsi, Pierrette Hondagneu-Sotelo et Michael A. Messner récapitulent comme suit la définition communément acceptée du New Man en 1994 : « He is a white, college-educated professional who is a highly involved and nurturant father, “in touch with” and expressive of his feelings, and egalitarian in his dealings with women » [1].
La comédie romantique, qui connaît également une renaissance dans les années 1990, constitue le cadre idéal pour accueillir ce « nouvel homme ». Ce genre cinématographique autorise en effet l’expression des émotions (l’amour) et est traditionnellement fondé sur un rapport égalitaire entre les sexes, qui doit mener à la formation d’un couple. Les comédies romantiques des années 1990 présentent ainsi des hommes dont la sensibilité est attestée par l’importance qu’ils accordent à leur rôle de père, dans des films qui accordent une large place aux enfants, qu’on pense à Sleepless in Seattle (Ephron, 1993), The American President (Reiner, 1995), You’ve Got Mail (Ephron, 1998) ou What Women Want (Meyers, 2000). Le New Man apparaît en effet comme un modèle de masculinité particulièrement attirant pour les femmes, la paternité et la capacité à exprimer ses émotions devenant des armes de séduction imparables. Un certain nombre de comédies insistent alors sur la nécessité pour leurs héros de changer de modèle de masculinité, comme What Women Want, Groundhog Day (Ramis, 1993) ou As Good As It Gets (Brooks, 1997). Cependant, le rejet d’une masculinité dominatrice et l’adoption de nouvelles normes de comportement masculin s’accompagnent souvent de la mise de côté des femmes, cantonnées à des rôles secondaires dans des films qui s’intéressent de moins en moins aux problèmes des femmes pour se concentrer sur l’évolution des hommes, donnant naissance à des comédies romantiques paradoxalement « masculinisées ».

[1] Pierrette Hondagneu-Sotelo et Michael A. Messner, « Gender Displays and Men’s Power, the New Man and the Mexican Immigrant Man », dans Harry Brod et Michael Kaufman, Theorizing Masculinities, Thousand Oaks: Sage Publications, 1994, pp. 200-218.

 

Nathalie Loison (Paris 11) –

« Le multiracialisme : Acculturation, métissage et renaissance de la femme noire aux Etats-Unis »

Qui est la femme afro-américaine aujourd’hui ?
Pour pouvoir répondre à cette question, il convient de s’interroger sur la notion d’« afro-américanisme » et d’observer l’évolution identitaire qu’a connue l’ex-esclave noire, du XVIe siècle à nos jours, et qui a abouti à sa renaissance en une femme multiraciale, aux statuts social et culturel inédits. Nous constaterons que cette déconstruction, puis reconstruction, de l’identité féminine africaine s’est produite en deux étapes : par l’acculturation de la femme noire d’abord, puis par son métissage.
Il semble tout d’abord que la part d’Afrique que possède la femme noire aux Etats-Unis ait en premier lieu été restreinte par l’acculturation qu’a induit son asservissement, dès la période coloniale. Par exemple, l’esclavage a irrémédiablement transformé la place des premières esclaves africaines dans la communauté noire, les plaçant à égalité avec les hommes dans le domaine du travail mais éclatant les mœurs et la cellule familiale africaine traditionnelle. Parallèlement, l’image de la femme noire, à la fois dans la société et dans la culture populaire blanche, a été sujette à de nombreuses caricatures déshumanisantes, ce qui a permis à la machine politico-médiatique de justifier son commerce. Cette acculturation est à l’origine de la fameuse double conscience, mais aussi difficulté, d’être à la fois africain et américain, que WEB Du Bois évoquait en 1901.
Parallèlement, les liaisons entre les premiers travailleurs sous contrats, hommes noirs et femmes blanches du XVIe siècle, et le viol des esclaves africaines par les planteurs européens, ont, entre autres, été à l’origine d’un phénomène de métissage racial et culturel qui a particulièrement pris de l’ampleur depuis l’abrogation des lois interdisant les mariages mixtes et la fin de la ségrégation raciale. Après des siècles de rejet et de fascination dans la société et la culture des Etats-Unis, la femme métisse afro-américaine revendique aujourd’hui ce que la psychologue Maria Root nomme une « identité frontière » multiple, complexe et inédite. Refusant de se conformer à la « one-drop rule » et proposant sa propre auto-définition, elle semble donner raison au penseur afro-américain Albert Murray, qui regrettait en 1970 que la communauté afro-américaine ne perçoive le caractère composite de son identité et croyait en l’émergence d’un nouveau type racial.

 

Ruth Menzies (Aix-Marseille) –

“Mary Gulliver: an emblem of sexual revolution and rebirth?”

Mary Gulliver plays a largely silent part in Swift’s Gulliver's Travels: that of a long-suffering and lonely spouse whom the traveller regularly abandons to assuage his wanderlust, before ultimately rejecting her, preferring to spend time in the stables. This shadowy female figure was soon given a voice by Swift’s friend, Pope, in a poem presented as an “expostulating, soothing, and tenderly complaining Epistle” from Mary Gulliver to her husband. Many years later, she was given another opportunity to express her opinions on the hardships of marriage to an increasingly misanthropic seaman, in Davy King’s 1978 short story, “The Woman Gulliver Left Behind.” Similarly, Karen Joy Fowler’s short story, The Travails (1998), presents eight letters written by Mary to Lemuel over fifteen years, charting her changing feelings towards him. It was only in 1999, however, that Mary Gulliver became the object of a full-length novel of her own, with the publication of Alison Fell’s The Mistress of Lilliput, or the Pursuit. Fell’s novel does indeed pursue Swift’s text, charting Mary’s adventures after the return of her alienated husband from Houyhnhnmland and his subsequent flight to avoid Bedlam. Unlike the silent, passive figure of Swift’s work, and the complaining, albeit loving, wife of Pope’s poem, Fell’s heroine is an intelligent, courageous and determined woman, who sets off in pursuit of her husband, thus enacting the plan for travel which is announced at the end of Davy King’s short story. Undertaking her own voyage of adventure to remote nations, Mary Gulliver accomplishes a journey of discovery and self-discovery, an exuberant and exhilarating quest for freedom and knowledge. Retracing her husband’s footsteps, she witnesses the often devastating consequences of his presence in remote lands such as Lilliput and attempts to make reparation for the ravages caused. On a more personal level, she also comes to understand that her sexual desires and feelings, which her husband deemed immodest and unladylike, are anything but reprehensible. From a passive, almost inexistent figure, Mary Gulliver is transformed during her travels into an independent, self-aware and sexually enlightened woman, undergoing a liberating renaissance. The hypotexts of Swift’s imaginary voyage offer a revealing insight into the way in which an initially insignificant woman character is progressively given voice and fleshed out over the centuries, finally being reborn as a symbol of female emancipation and liberation.

 

Fabienne Moine (Paris Ouest) –

“‘What a resurrection of beauty there is in my garden, and of brightest hope in my heart!’ Elizabeth Von Arnim’s feminist garden”

Elizabeth Von Arnim (1866-1941) took refuge in her garden when she settled in Germany with her husband. Taking pains to become a woman gardener by teaching herself how to choose the right floral patterns and the best colour combinations, she also learned how to depict her treasure garden and the emotions and thoughts it induced in two short books, Elizabeth and her German Garden (1898) and The Solitary Summer (1899). The enthusiastic amateur finds in the garden an appropriate place to raise her low spirits and to create her own place of silence, solitude and privacy, outside the domestic routine of her aristocratic background. Relishing in her garden, she breaks free from the stifling walls of her house and parts from what is expected from a landlady. Both novels follow the seasons and the evolution of the greenery, as the garden waxes and wanes. Von Arnim’s witty prose never succumbs to allegedly feminine mawkishness because she does not identify with the flora she rather considers as an ally against masculine prerogatives and domination. The nature she is reluctant to monitor, at odds with what her gardener and her husband do, enables her to relinquish feminine attributes and express rebellious feminist comments.
Showing first how Von Arnim blooms along with her cherished garden as she sets herself free from domestic constraints, we will then explore the garden and its flowers which surprisingly function as feminist motifs. Wielding the very weapons of femininity through the traditional gender-oriented images of garden-walking and garden-writing, Von Arnim eventually shows that she uses the garden as the expression of her independence and freedom of movement and conscience.

 

Helen E. Mundler (Paris 12) –

“Rebirth through time travel in Liz Jensen’s My Dirty Little Book of Stolen Time and Nina in Utopia by Miranda Miller”

The proposed paper will be part of a series on Liz Jensen’s novels. While many of Jensen’s novels deal with the utopic-dystopic continuum represented in spatial terms, My Dirty Little Book of Stolen Time (2006) is the only one of her works to be employ the device of time travel. Miranda Miller’s recent novel (2010) uses a similar conceit, and I propose to present a comparative analysis of the two texts.
These novels can be profitably analysed through the prism of “renaissances” or rebirth. The young, female, nineteenth-century protagonists – respectively, in My Dirty Little Book of Stolen Time a Danish prostitute, and in Nina in Utopia, a respectable wife and mother – both find themselves, in circumstances which are none of their making, projected into the early twenty-first century. The transposition in time can be read as a metaphor through which questions of identity and alienation are worked out. While Nina, in Miller’s novel, fears during her four-day trip into the future that she may “never return to [her] proper self”, which proves in some sense to be the case, since she is diagnosed as insane and interned in a mental hospital on her return to the nineteenth century, Jensen’s protagonist manages to “steal time” by refusing to return to her “proper” time and place, and finding some measure of emancipation, a process which can be read as a rebirth, in a country not her own, 150 years ahead of her time.
This paper will seek to identify and analyse what the addition of the temporal dimension brings to the utopic-dystopic trope, and how the leitmotiv of rebirth into a new epoch is used to comment, both predictably and subversively, on the female condition.

 

Françoise Orazi (Lyon 2) –

« Helen Taylor-Mill : ruptures et renaissances »

La postérité de Taylor est inséparable de celle de Mill : mais ce phénomène ne s’explique pas que par les enjeux politiques et interprétatifs actuels. Les éléments biographiques ne permettent pas de proposer une rupture complète avec l’approche qui consiste à ne traiter Taylor qu’en tant que compagne de Mill. D’abord parce que des zones d’ombres, savamment orchestrées pour certaines, subsistent dans la biographie, ensuite parce qu’on peut indéniablement distinguer le rôle primordial de la rencontre avec Mill. Peut-on parler ici de véritable (re)naissance en ce sens que Taylor accède à une exceptionnelle possibilité d’égalité intellectuelle qui permet l’essor de sa pensée ? Si le destin particulier de Taylor tient essentiellement à son sexe, du moins à la condition sociale de celui-ci la rencontre avec Mill fait naitre l’espoir d’une libération qui affleure dans de rares textes témoins de cette époque. Ils révèlent le désir d’émancipation de Taylor à la fois sur le plan personnel et sur le plan politique et va inspirer le féminisme des Mill, notamment leur prise de position en faveur du divorce. Cette dernière partie permettra d’aborder le féminisme millien conçu en tant que condition de la renaissance des femmes, du moins de cette femme-là.

 

Muriel Pécastaing-Boissière (Paris 4) –

« Annie Besant (1847-1933), ou comment la crise morale, sociale et spirituelle de la fin de l’époque victorienne permit la naissance d’une grande figure des luttes féministes »

La crise spirituelle que traversa Annie Besant (1847-1933), alors jeune épouse de pasteur anglican, au début des années 1870, donna naissance à une femme profondément intègre, qui eut tout d’abord le courage de rejeter individuellement le carcan moral et religieux de son époque.
Annie Besant mit ensuite cette indépendance chèrement gagnée, sa plume et ses grands talents oratoires au service des autres Victoriennes infantilisées par la loi, qui n’avaient aucun accès à l’information sur la contraception ou à qui l’Université refusait de délivrer un diplôme. Elle aida les ouvrières sous-payées et exploitées à s’organiser à l’égal des hommes, puis les Indiennes, victimes de la dérive de leurs traditions et, bien sûr, exigea le droit de vote des femmes, en Grande-Bretagne comme en Inde.
Si le féminisme d’Annie Besant demeure malgré tout mal connu, c’est parce qu’elle l’inscrivit toujours dans des luttes plus larges : pour la laïcité, le socialisme, le renouveau spirituel et le nationalisme indien. Annie Besant envisageait en effet les discriminations à l’encontre des femmes comme émanant de systèmes plus vastes qu’il importait de réformer dans leur totalité. C’est sans doute la raison pour laquelle son féminisme demeure sous-estimé. Il convient désormais d’en rappeler l’ampleur et l’influence.

 

Florence Pellegry (Paris 7) –

« L’Hôpital des enfants trouvés de Londres au XIXe siècle : Une ‘re-naissance’ pour les mères et leurs enfants illégitimes ? »

L’Hôpital des enfants trouvés de Londres fut créé en 1739 par Thomas Coram, un capitaine philanthrope. Cet établissement était destiné à accueillir les enfants trouvés ou abandonnés de Londres. Face au nombre toujours croissant d’enfants déposés, les responsables durent mettre en place des systèmes de sélection, tout d’abord aléatoires (tirage au sort, système de boules de couleurs) mais plus tard, dès 1801, l’on se mit à départager les candidatures sur dossier. L’illégitimité étant toujours très stigmatisée à l’époque, l’Hôpital a ainsi été investi d’une mission rédemptrice pour des femmes qui avaient souvent été victimes d’abus ou de prétendants mal avisés. Tout en s’assurant que chaque postulante n’avait rien eu à faire avec le milieu de la prostitution et qu’il s’agissait bien là de son premier enfant, cette institution espérait donner une seconde chance à ces femmes.
Je propose de m’intéresser au concept de ‘re-naissance’ en rapport à l’Hôpital des enfants trouvés dans le dernier quart du dix-neuvième siècle, période sur laquelle je travaille en ce moment dans le cadre de mon Doctorat et pour laquelle je dispose d’un corpus assez complet. Je souhaite découvrir dans quelle mesure l’admission d’enfants illégitimes pouvait représenter une renaissance tant pour les mères que pour leurs enfants.
Renaissance pour les mères, dans le sens de rachat, de rédemption face à l’instance dirigeante et à la société en général. En parcourant les témoignages des mères célibataires de cette époque, l’on se rend compte que ces femmes exprimaient souvent le désir de pouvoir tout recommencer à zéro. L’enfant illégitime était souvent caché pour éviter le scandale et pour de nombreuses mères, il n’était possible de pouvoir retrouver une vie décente que sans l’enfant.
Le concept de renaissance peut également s’appliquer aux enfants, qui, dès leur entrée dans l’Hôpital, étaient instantanément rebaptisés (on leur attribuait le patronyme d’un des nombreux bienfaiteurs de l’Hôpital). Leur admission dans l’Hôpital peut donc être perçue comme une renaissance, un second départ pour des enfants nés dans le péché. Rappelons que cette institution n’acceptait que des enfants de moins d’un an n’ayant ainsi aucun souvenir de leur vraie mère.
On s’intéressera donc à la condition féminine et aux mentalités de ce Londres de la fin du dix-neuvième siècle. Nous étudierons des cas précis de ‘re-naissance’ et nous essaierons d’en apprécier l’impact dans la vie de ces femmes issues des classes laborieuses de Londres et de leurs enfants. On verra notamment que les documents dont nous disposons témoignent de la douleur des mères lors de la séparation et également bien après. Une renaissance, certes, mais à quel prix ?

 

Ludivine Royer (La Réunion) –

« “Ya see, my mum’s mum also had my mum when she was 14…” Raisons et conséquences des grossesses ‘précoces’ chez les Aborigènes d’Australie - mais au fait, où est le problème ? »

En Australie, les adolescentes aborigènes sont cinq fois plus nombreuses que les autres adolescentes à devenir mères et sont responsables de 21% des naissances aborigènes. Le phénomène est important, récurrent et inter-générationnel, les mères des adolescentes-mères ayant souvent vécu aussi, en leur temps, une grossesse ‘précoce’ (la répétition induite par le préfixe du terme re-naissance s’inscrit ainsi dans l’instant comme dans le temps). Pour autant, les raisons et les conséquences des grossesses fréquentes chez les adolescentes aborigènes sont mal connues et peu étudiées. L’idée est alors de les mettre au jour en fouillant différents domaines socioéconomiques (santé, éducation, logement, pauvreté), en examinant le poids de l’histoire et des réalités démographiques, en considérant diverses dimensions culturelles, en tenant compte d’éléments d’ordre familial et/ou psychologique, en posant la question du rapport entre les hommes et les femmes aborigènes, en explorant les pratiques et les enjeux liés à la sexualité et en évaluant l’impact des violences et des dépendances.
Au bout du compte, il s’agira de montrer les multiples ramifications d’une question complexe – sans que les grossesses des adolescentes aborigènes soient toutefois considérées a priori comme un ‘problème’ à résoudre : non seulement l’idée de ‘problème’ implique une norme par définition discutable, mais les notions de choix, de contrôle et d’épanouissement personnel ne sont pas absentes des discussions sur les grossesses dites ‘précoces’. En revanche, ces grossesses révèlent souvent un certain nombre de malaises ou de problèmes (identifiés comme tels par les Aborigènes) qui, eux, exigent une recherche appliquée et des mesures pratiques.

 

Delphine Soulhat (Lyon 2) –

« Katherine Mansfield et la recherche du maternel perdu : naissance et renaissance au maternel »

Si l’on a encore besoin de rappeler, par l’entremise de S. de Beauvoir, que l’on ne naît pas femme, de nombreuses femmes souhaiteraient rajouter qu’on ne naît pas mère en donnant naissance et que la maternité n’est ni une révolution inévitable de la condition de femme, ni une porte ouverte à l’épanouissement de ce même féminin dans le lien maternel. Katherine Mansfield, qui n’a elle jamais fait l’expérience de la maternité, a pourtant été l’une des premières à donner accès à l’expérience féminine intime de la maternité, par l’entremise du « stream of consciousness ». Il s’agit tout d’abord de défaire le lien entre maternité et lien maternel, puis de déconstruire l’analogie entre naissance et début d’une vie. Ainsi, quelque part, entre la brutalité physique de la procréation et celle de l’enfantement une faille s’ouvre, où se perd le sentiment maternel. Pour Katherine Mansfield, ni le lien in utero, ni le lien du sang, ne garantissent ce sentiment. Cette approche, bien qu’elle soit l’une des premières, ne se distingue que peu des nombreuses autres proposées par la littérature. L’œuvre de Mansfield offre pourtant une alternative originale à cette perte. Car il n’y a rien ici pourtant d’un féminisme amer, courroucé, voire renonçant : les nouvelles invitent à rechercher le maternel dans des espaces inhabituels et selon des modalités particulières, éloignées du cadre sentimental idéalisé. Pour certaines, mères et filles, retrouver le maternel sera une question de partage, plus de que lien, et signifiera initier et être initiée au secret biologique et ontologique de la féminité, dans une logique cyclique de l’éternel retour. La marque de Mansfield s’exprime plus largement encore dans les déplacements symboliques et redistributions relationnelles qui permettent aux mères, comme aux filles, de retrouver l’accès au maternel dans l’itération d’instants évanescents, et dans la dispersion sensorielle et sensible de traces du maternel. Si ces déplacements ne permettent une authentique re-naissance, une réinitialisation du lien, elles conditionnent un retour à la fusion gestative, ou une ouverture au lien affectif. A toutes, Mansfield offre la possibilité d’une redécouverte du maternel, mais surtout d’une redéfinition du concept, en même temps qu’une réappropriation de ses matérialisations ou manifestations symboliques.

 

Martine Stirling (Nantes) –

« 'Entre nos mains' : Les Parlements de Femmes pendant la Seconde Guerre mondiale »

Après les années trente, généralement considérées comme un temps mort ou presque pour le mouvement féministe, face à la récession économique et les menaces de guerre, le début des hostilités en 1939 marque un tournant historique pour les femmes.
L’appel au volontariat lancé par le Gouvernement, suivi de la conscription à partir de 1941, les pousse vers les usines, les hôpitaux, les champs et même dans les docks ou sur le front, où elles accomplissent toutes sortes de tâches des plus ardues et autrefois impensables pour le sexe « faible ». Elles fabriquent des machines, des armes, réparent camions et avions, guettent et mitraillent les bombardiers ennemis ; elles labourent les champs, creusent des tranchées, tirent les victimes des ruines et pansent leurs blessures. Mais le travail de guerre des femmes n’est qu’une partie de leurs tâches journalières et précède les trajets interminables, les longues files devant des magasins presque vides, le ménage et les repas pour les enfants et parfois le mari. Et les autorités qui ont sollicité leur participation active tardent à prendre en compte ce fardeau supplémentaire et négligent même de leur fournir les installations de base dont bénéficient les hommes.
Frustrées de ne pouvoir se faire entendre, lasses de s’effacer mais aussi conscientes de l’importance du rôle qu’elles ont à jouer en cette période trouble, elles vont se regrouper et former des parlements dans de nombreuses grandes villes britanniques où chacune pourra s’exprimer et être entendue, quel que soit son niveau d’éducation, son milieu social, son âge ou son métier. Ensemble, elles vont parvenir à faire passer leur message aux Communes et au Gouvernement, annonçant l’aube d’une ère nouvelle et des possibilités accrues pour les femmes dans tous les domaines.

 

 

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