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51ème Congrès
de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur
Paris, 20 - 22 mai 2011

Doctoriales - Atelier 1 - L'universel et le local - Résumés
Mardi, 30 Novembre 2010 13:04


Audrey Bardizbanian (Paris 7) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« "L’universel au singulier" : post-mémoire et écriture de la Shoah chez Daniel Mendelsohn et Jonathan Safran Foer »

Des études récentes ont mis l’accent sur la nature « cosmopolite » de la mémoire de la Shoah, montrant comment la mémoire collective ― terme forgé par Maurice Halbwachs ― enregistre les flux transnationaux du souvenir, et comment le local façonne le global, et inversement [1]. Ces « mémoires cosmopolites » peuvent se refléter à travers de nouveaux récits d’écrivains de la « génération d’après » [2], qui tentent de dire l’indicible par le biais du témoignage.

Notre étude traite de deux auteurs juifs américains de troisième génération ― chacun d’eux empruntant un chemin différent pour chercher à comprendre et représenter l’héritage traumatisant qui leur a été légué ― et se concentrera plus particulièrement sur la représentation des aspects locaux et globaux de la mémoire de la Shoah dans leurs récits. Nous nous pencherons ainsi sur les œuvres de Daniel Mendelsohn, The Lost: A Search for Six of Six Million (2006) et Jonathan Safran Foer, Everything is Illuminated (2002).

Dans cette analyse, nous aborderons les questions de recherche qui se dégagent, parmi d’autres, des œuvres précédemment citées : de quoi ces écrivains, ceux qui « n’étaient pas là », témoignent-ils ? Quelle est la résonance universelle de leur quête ? Un événement défini par beaucoup comme un grand tournant de l’histoire de l’humanité peut-il être remémoré et commémoré hors des frontières ethniques et nationales des victimes juives et des auteurs de crimes nazis ? Comment les effets transgénérationnels de la Shoah se manifestent-ils à travers de tels témoignages ? Comment peut-on passer de l’hérédité à l’héritage ?

Ce travail tentera d’examiner la façon dont ces auteurs, tout en traitant avec profondeur d’expériences personnelles et individuelles, transmettent dans le même temps un traumatisme commun à travers leurs récits, témoignant ainsi du passé et de leur quête d’une identité perdue, dans une perspective qui se veut à la fois universelle et singulière.

Notre présentation s’appuiera sur un corpus théorique et littéraire qui aura trait aux questions du traumatisme, de la mémoire et du témoignage.

[1] Daniel Levy et Natan Sznaider, The Holocaust and Memory in the Global Age. Philadelphia: Temple University Press, 2006, p. 2-3

[2] La génération d’après (1971) est le titre d’un film de Robert Bober sur les enfants cachés, sur les survivants-enfants. En reprenant le terme de « génération d’après », nous voulons cependant lui donner un sens plus large, qui se réfère également aux enfants et petits-enfants des survivants.

 

Cécile Beaufils (Paris 7) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« Le magazine comme espace de l'instabilité : Granta et l’espace littéraire mondial »

Dans son ouvrage La République mondiale des Lettres [1], Pascale Casanova détaille le processus de création d'un espace littéraire distinct des frontières nationales et de la mondialisation, parlant « d'espace littéraire mondial » [2]. Le magazine littéraire Granta, à l'origine britannique mais à présent international, publie depuis ses débuts des numéros organisés par thème, et à l'occasion, par région géographique : les deux derniers numéros parus sont consacrés respectivement au Pakistan et aux jeunes auteurs de langue espagnole. L'observation de départ qui est faite ici est que ces publications sont les témoins d'une tension fondamentale entre appartenance géographique spécifique et revendiquée et diffusion globale croissante, rendue efficace dans le temps et dans l'espace par l'utilisation des nouveaux médias. De plus, les textes choisis par les rédacteurs en chef successifs ne font pas preuve d'unification du goût comme la doxa le déplore mais au contraire d'une diversification, ce qui nous permettra de mettre en avant la mise en place d'une « esthétique au pluriel », pour paraphraser les propos de Michel de Certeau dans La Culture au pluriel [3].

Nous aurons donc pour but de démontrer le positionnement de Granta, et donc des magazines littéraires de masse, comme un lieu essentiel d'une « République mondiale des lettres ». Le magazine, vecteur de prescription du goût, publiant régulièrement des anthologies des « meilleurs écrivains » en les classant par pays, devient un véritable espace de circulation et d'échange entre des lieux géographiques divers et un « lieu » esthétique partagé. Nous étudierons les mécanismes qui articulent spécificité géographique et diffusion accélérée ; mécanismes qui permettent au lecteur d'accéder à une « culture au pluriel » localisée dans l'espace textuel du périodique. De cette fragmentation géographique et esthétique naît alors un nouvel espace toujours en mouvement et en perpétuel renouvellement.

[1] Pascale Casanova, La République mondiale des Lettres, Paris : Seuil, 1999.

[2] Op. cit., p. 119.

[3] Michel de Certeau, La Culture au pluriel, Paris : Seuil, 1993.

 

Mélody Enjoubault (Paris 4) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“The Great and the Small in Christina Rossetti’s Poetry”

“I, Lord, Thy foolish sinner low and small / Lack all”. These words, written by Christina Rossetti in 1897 (Verses), describe the speaker’s yearning for a seemingly unattainable state of plenitude. It is in the text however that a resolution can be found through the rhyme which associates the antipodean ideas of “small” and “all.” Christina Rossetti constantly fluctuates between apparent simplicity and underlying complexity aiming at completeness and exhaustivity. As part of this process, she chooses points of view which are more often than not anonymous and/or individual, stressing a personal perspective that stems from her eagerness to give a voice to beings commonly viewed as fragile and insignificant while reminding the reader of the divine greatness present in each of them. Likewise, in her quest to reach the absolute and a fusion with the divine, Christina Rossetti paradoxically resorts to an unpretentious diction, made up of simple words and clauses. Overall, her poetical work intends to create a mirror image of the world in all its dimensions, first thanks to the figures of the circle and the loop in the descriptions of nature, its cycles and the creative perfection it represents, and further by using a repetitive style which reproduces the natural law of conservation of matter at the scale of the text: everything is rearrangement and reformulation. Just like the universe, the poetry of Christina Rossetti develops an organic dimension and a self-sustaining energy which allows the text to regenerate itself, thus reconciliating the modesty of the poetical means and the ambition of its goal.

 

Sonia Ouaras (Paris 3) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

« M. R. James et l’objet découvert : localiser l’étrange dans la nouvelle fantastique anglaise (fin XIXème, début XXème siècle) »

La nouvelle fantastique telle que l’a écrite M. R. James met souvent en scène la découverte d’un objet ancien. Celui-ci mis à jour provoque une intrigue à l’atmosphère étrangement inquiétante, remettant en question toute conceptualisation de l’espace et du temps. Un lieu bien précis, quelque peu dissimulé, refoulé pour ainsi dire, devient acteur de la narration, s’appropriant une forme de « pouvoir du lieu » (Didi-Huberman, Génie du non-lieu) qui permet à un élément du passé d’avoir une sombre influence sur le présent. L’étude de quelques nouvelles de M. R. James telles que « Canon Alberic’s Scrapbook », « The Mezzotint », « The Rose Garden » ou encore « Oh, Whistle, And I’ll Come to You, My Lad », nous permettront de voir l’effet globalisé d’un mystère localisé.

Nous verrons que le locus de l’interprétation (ou du moins les signes d’une possible interprétation) se trouve dans cet interstice qu’est le rêve, voire le cauchemar dans la plupart des cas, où les lieux réels sont dédoublés dans un monde imaginaire. L’étrangeté des lieux dédouble l’espace, ayant à faire à des fantômes errant dans des espaces clos (maison, manoir, église), eux-mêmes écrins, selon la nouvelle, d’un ancien manuscrit, une gravure, ou un vieux sifflet. Nous verrons pourquoi dans ces nouvelles il est significatif que certains de ces objets soient liés à une forme artistique, permettant une approche quelque peu métafictionnel du genre de la nouvelle fantastique.

Il s’agira aussi d’étudier la démarche herméneutique entreprise par les personnages, à la manière de certains récits policiers, souvent narrateurs intra-diégétiques nous faisant part de leur démarche investigatrice afin de tenter de trouver du sens dans ce qui n’en a apparemment pas. Des fantômes d’un passé bien révolu reviennent « sur les lieux du crime » pour ainsi dire car ils restent ancrés dans des lieux qui ont scellé leurs destins.

La conclusion à laquelle on aboutit dans ces récits est parfois inquiétante pour notre conceptualisation de l’histoire et de l’Histoire : savoir n’est pas toujours gage de quiétude ou de pouvoir, et nous verrons dans quelle mesure quieta non movere se vérifie (ne pas troubler ce qui repose en paix, cité à la fin de « The Rose Garden »), conclusion d’autant plus étonnante de la part d’un universitaire et érudit tel que M. R. James. Les objets dans sa narration sont codés de sorte que leurs mystères ne se révèlent qu’à celui qui trouble, ne serait-ce qu’un instant, la paix d’un lieu en cherchant à en comprendre l’histoire et en l’observant de trop prêt.

 

Tatiana Pogossian (Paris 7) – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

“The Local and the Global: Competing Paradigms in Ackroyd’s, Sinclair’s and Gilbert & George’s London(s)”

As Ford Madox Ford stated, London is infinite: it resembles a mosaic of neighbourhoods and boroughs. Though London is acknowledged to be a global city, it functions as a multi-faceted prism, made up of distinctive local identities. How can London be both local and global? Is it global, i.e. pertaining to the universality of the world or local i.e. geographically circumscribed? Is London a geographical macrocosm or a mental microcosm? When trying to represent the urban experience of London, which aims at unveiling the collective memory, Iain Sinclair, Gilbert & George and Peter Ackroyd tackle the paradoxical interaction of the local and the global. Their works Lights Out for the Territory, London Orbital, the 20 E1 Pictures or London: the Biography are deeply rooted in London and yet they manage to achieve global recognition. As they address the issue of local and global, do the authors privilege distance or proximity, or do they overrule this tension by emphasizing the hybridization of the local and the global at work in London?

By analysing the way these works conjure a sense of place, we may grasp how the local and the global are mutually renegotiated. First, a close examination of the urban experience rooted in time and space will help unveiling the local dimension of London. Then, the problematic representation of the urban experience shall be considered through the prism of the global, entailing an ontological approach to the city. In the end, the city will emerge as a enigmatic entity that resists any classification. Only the visionary approach will solve the tension between these concepts. Thereby we might understand how a geographically restricted area may fuel such various and globally established artistic and fictional universes.

 

 

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